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Lu hier dans “Le Matin d`Abidjan” : Mines et énergie/ Voici la mafia qui sévit autour du pétrole ivoirien
Le Nouveau Réveil - N°1915 - vendredi 9 mai 2008
pétrole et le gaz sont sérieusement menacés. Un groupe d'individus s'est solidement installé depuis des années pour pomper les ressources issues de ces matières. Bien d'autorités du pays ont trempé dans cette affaire. Révélations. II y a quelques jours, votre quotidien préféré levait un coin du voile sur les mauvaises pratiques qui minent le secteur des produits pétroliers en Côte d'Ivoire. Aujourd'hui, les fins limiers de "Le Matin d'Abidjan" sont allés un peu plus loin. Pour découvrir en définitive qu'il s'agit en réalité d'une mafia avec laquelle la tutelle a partie liée. Et l'attitude du ministre Léon Emmanuel Monnet traduit bien cela. Nous le soulignions déjà dans une de nos parutions antérieures, M. Bandama Gilbert, directeur central des hydrocarbures, proche parmi les proches du ministre, est cité comme étant le chef de file de cette mafia qui sévit dans le secteur. Les agents de la direction des hydrocarbures l'ont, plus d'une fois déjà, signifié au ministre en 2007. Mais, l'appel est tombé dans des oreilles de sourd, l'autorité ministérielle étant restée de marbre.

Des sociétés-écrans détenues par le ministre et son directeur de cabinet

A des proches, le directeur central des hydrocarbures a plus d'une fois révélé que le ministre lui est redevable. Et les choses se précisent davantage. A en croire des sources bien introduites, M. Bandama Gilbert a déclaré récemment, en privé, que sur les 160.000.000 Fcfa détournés sur un compte à Versus Bank, en août 2007, 150.000.000 F Cfa ont atterri dans les poches du ministre. Tous les autres fonds qu'il s'est ainsi appropriés auraient suivi le même schéma. Bon disciple, le directeur des hydrocarbures a même favorisé la création d'une société de distribution de produits pétroliers et dérivés dénommée " Tomobhy" pour le compte du ministre. Elle n'est, précisent nos sources, pas encore fonctionnelle, mais on le voit aisément, Léon Emmanuel Monnet assure ainsi ses arrières, au cas où il ne serait plus aux affaires. Généreux à souhait, M. Bandama en a fait de même pour la directrice de cabinet du ministre, Mme Françoise Kadjo Morokro. La société de cette dernière est dénommée "Eburni oil". Il est bon de noter que cette société ne figure pas pour l'heure sur la liste officielle des entreprises agréées. Ce qui, dit-on, ne saurait tarder. Difficile dans ces conditions pour le premier responsable des mines et de l'énergie de lever le petit doigt pour faire le ménage. Léon Emmanuel Monnet se mettrait ainsi, à coup sûr, le couteau sous la gorge s'il devait prendre une sanction contre le sieur Bandama. En lieu et place du bâton, il décide de bombarder l'indélicat directeur central comme directeur général des hydrocarbures. Alors même que le décret de nomination n'est pas encore signé par le chef de l'Etat, le directeur de cabinet du ministre s'est empressé de prendre une note de service pour laisser croire aux agents du ministère que M. Bandama est le directeur général par intérim des hydrocarbures. L'épouse d'un ministre du gouvernement actuel, très en vue ces temps-ci, s'est également lancée dans l'activité illégale de l'approvisionnement des véhicules à gaz. Il y a peu, celle-ci, dont nous taisons volontairement le nom, a été surprise par des éléments du commissaire Bouaky Ernest, commis au contrôle des produits pétroliers, aux environs de 23 heures, à Cocody Attoban, où son "centre emplisseur" qui y est installé, s'apprêtait à recevoir une livraison de gaz par le biais de "BV Petro gaz", une société-écran détenue par l'opérateur fonctionnaire, Bandama Gilbert, le bras droit du ministre Monnet.

La rébellion approvisionnée par BV Petro gaz

De sources concordantes, c'est cette société-écran dénommée "BV Petro gaz", dont le siège est à l'avenue Noguès, au Plateau, qui alimente la plupart des centres emplisseurs clandestins qui approvisionnent les véhicules à gaz et certains ménages abidjanais. Et pourtant, l'utilisation du gaz butane comme carburant auto est interdite par la loi n° 92-469 du 30 juillet 1992. Mais la protection de certains intérêts mesquins ne permet pas d'appliquer cette loi. Le ministère des Mines et de l'énergie reste impuissant parce que les responsables de ce département ont vraisemblablement décidé d'installer la chienlit pour en profiter au maximum. Il ressort de nos enquêtes qu'au plus fort de la crise, les zones sous contrôle de la rébellion ont été constamment approvisionnées par "BV Petro gaz". Les bordereaux de livraison sont visibles à la Gestoci. Tous ces faits qui sont restés impunis, jusque-là, ont créé une atmosphère délétère entre M. Bandama Gilbert et les directeurs généraux de la Petroci et la SIR, ou par son fait, trois comptes de cette dernière société citée ont récemment été saisis. Au ministère des Mines et de l'Energie, c'est la méfiance totale. Même les nouveaux promus dénoncent en privé l'élévation de M. Bandama au poste de directeur général des hydrocarbures. Ils indiquent que cette situation ne fera que ternir davantage l'image du ministère, Les autres agents, "sans grades", sont plus amers et très remontés contre le "tout puissant" directeur des hydrocarbures qui vient de s'offrir un restaurant chic aux Deux-Plateaux, plus précisément dans les encablures du siège du quotidien "Le Nouveau Réveil". Il se susurre aussi que M. Bandama Gilbert en sait beaucoup plus qu'il n'en dit sur l'assassinat du commissaire de policière Bridji qui officiait à Interpol et enquêtait sur l'affaire des déchets toxiques. Sur le sujet, des sources policières indiquent que c'est au moment où l'officier Bridji s'apprêtait à établir la connexion entre Trafigura et certaines personnalités ivoiriennes qu'il a été froidement abattu aux Deux-Plateaux. Vrai ou faux, nul ne le sait pour l'heure, la police criminelle a, pratiquement classé le dossier suite à des pressions qu'elle aurait subies. Au palais présidentiel, le sieur Bandama n'a pas bonne presse, compte tenu de ses pratiques mafieuses et anti-économiques. Il se présente comme un homme dont tout le monde a peur, dans le secteur du pétrole, vu ses agissements et surtout la protection dont il jouit auprès du ministre Monnet. Dans l'interview du mardi dernier qu'il a accordée au confrère "Fraternité Matin", l'on a cru pouvoir obtenir des éclaircissements de la part du chef du service contrôle des produits pétroliers et miniers, le commissaire Bouaky. Hélas, ce dernier a préféré botter en touche. Morceaux choisis "Lorsque nous fermons les magasins frauduleux, ou stations de gaz, les opérateurs véreux les rouvrent avec des méthodes qui nous sont encore inconnues... Il me paraît important de souligner que notre domaine d'intervention est surtout porté sur le contrôle de la qualité du produit qui est vendu. Alors qu'il poursuit en indiquant qu'"il ne peut y avoir de fraude sur le gaz en terme de qualité". De quel contrôle parle alors le commissaire? Enfin, passons. Personne ne lui en voudra dans tous les cas. Parce que le dossier est verrouillé depuis le sommet et la règle d'or est celle de l'omerta, si on ne veut pas finir les deux pieds devant. Les Ivoiriens ont tout compris.

Safiatou Ouattara
In "Le Matin d'Abidjan" n°751 du jeudi 8 mai 2008
 
Où sont passés les milliards du petrole ?
Exploitation du Pétrole ivoirien - Plus de 100 milliards camoufles
24 Heures (Abidjan) - 28 Janvier 2008 - Théodore Sinze

Les chiffres réels de la production pétrolière de la Côte d'Ivoire relèvent du secret d'Etat, tant les autorités publiques, le Pésident Laurent Gbagbo en tête prennent un soin méticuleux pour les maquiller. Le département américain de l'Energie qui tient une comptabilité très rigoureuse de la production mondiale dans ce secteur stratégique situe la quantité de pétrole qui est extraite du sous-sol ivoirien chaque jour à plus du double de celle officiellement annoncée. La Côte d'Ivoire n'est pas encore le Koweït ou l'Arabie Saoudite, mais elle ne se débrouille pas si mal que cela en matière de production pétrolière. Le très sérieux département américain de l'Energie situe sa production entre 90 000 à 110 000 barils par jour. La production mensuelle est donc comprise entre 2 700 000 et 3 300 000 barils.

Avec les prix du pétrole qui s'affolent depuis de nombreuses années sur le marché international, ce sont des sommes colossales que rapporte cette production qui est loin d'être marginale comme les autorités nationales veulent le faire croire. On sait que la Côte d'Ivoire est liée aux différentes compagnies d'exploitation de son pétrole par un contrat de partage qui lui rapporte globalement 15% de la production totale. Prenons les chiffres du Département américain qui estime que la production ivoirienne est comprise entre 90 000 à 110 000 barils/jour.

La part de la Côte d'Ivoire appliquée au 15% revient donc entre 13 500 et 18 500b/j. Dans l'année, la part rétrocédée à notre pays est donc compris entre 4.927.500 (13 500b/j x 365J) et 6.022.500 barils (16 500b/jx365j).

En ce début d'année 2008, le baril de « l'or noir » a franchi la barre symbolique des 100 dollars américains. Les 5 dernières années, il a rarement été en dessous des 90 dollars US. Quand on fait un calcul rapide, le pactole qui devrait atterrir dans les caisses publiques chaque année sur la base de la somme médiane des 90 dollars US est égale donc à un chiffre compris entre 443.

475.000 dollars US (443.475.000 x 90) et 542.025.000 dollars US (6.22.500 x 90) Ces chiffres convertis en Fcfa donnent respectivement 221.737.599.000 Fcfa et 271.012.500.000 Fcfa. On est bien loin des chiffres avancés par le Président Laurent Gbagbo et que le ministère de l'Economie et des Finances y compris celui des Mines et Energie se sont empressés d'entériner. Aux dires du chef de l'Etat, la production nationale de pétrole n'excède guère les 50 000b/j.

Côte d’Ivoire/pétrole : une ONG appelle les compagnies à plus de transparence
Source : AFP

Les compagnies pétrolières et gazières doivent publier le montant de leurs constributions aux taxes ou royalties payées au gouvernement ivoirien pour mettre fin à l’opacité dans la gestion de l’or noir en Côte d’Ivoire, a estimé mardi une association de lutte contre la corruption.

"Les compagnies qui refusent cette transparence se rendent complices de la confiscation des revenus issus des ressources naturelles au détriment de la population", a indiqué à l’AFP Michel Yoboué, responsable de "Publiez ce que vous payez", une coalition d’associations luttant contre la corruption et pour la bonne gouvernance (PCQVP).

"Les montants payés au gouvernement doivent être affectés au développement réel de la Côte d’Ivoire, une situation qui créé un environnement économique favorable", a souligné M. Yoboué. "L’argent du pétrole détourné ou gaspillé exacerbe les divisions sociales menant à une défaillance de l’Etat et au conflit", a-t-il déploré.

La production pétrolière ivoirienne, la première dans la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA, 8 pays) a atteint 80.000 barils/jour en 2006, selon PCQVP et un récent rapport de l’UEMOA. Les exportations pétrolières ont également progressé de 43% à la même période rapportant 1.515 milliards de FCFA (2,3 milliards d’Euros), selon eux.

En mai dernier, le ministre ivoirien de l’Economie, Charles Diby Koffi a indiqué : "le pétrole ne nous donne pas encore la manne financière qu’on croit avoir", estimant à 115 milliards de FCFA (175 millions d’euros) la part des revenus pétroliers dans les recettes totales du pays.

"Nous sommes à un niveau moyen de production de 40.000 à 50.000 barils/jour", avait précisé M. Diby, en soulignant que "les 80.000 b/j annoncés officiellement n’ont jamais été atteints". Le ministre avait indiqué alors que la production ivoirienne avait grimpé de 50,7% en 2006, soit une moyenne de 60.000 b/j sur cette période, sans toutefois préciser le montant des revenus pétroliers affectés au budge

 
Un pétrole ivoirien bien trouble
- Par Le Nouveau Réveil - 3 Juin 2007 - Par Thomas Hofnung

Ressources. Abidjan multiplie les déclarations contradictoires sur sa production d'or noir, donc sur ses royalties. A la demande de la Banque mondiale, un audit est en cours. En Côte-d'Ivoire, on a du pétrole, mais pas de comptabilité.

A l'issue d'une mission à Abidjan, à la mi-mai, la Banque mondiale avait évoqué la reprise de ses programmes avec l'ancienne colonie française, suspendus depuis trois ans, à la condition expresse que le régime de Laurent Gbagbo ouvre ses livres de compte, notamment sur la rente pétrolière. Le 29 mai, le ministre de l'Economie, Charles Diby Koffi, a assuré qu'un audit était en train d'être mené. "Il permettra de répondre aux rumeurs d'opacité", a-t-il déclaré. Des rumeurs paradoxalement alimentées par le ministre lui-même. Car Charles Diby Koffi a ajouté que cet audit "[nous] permettra de nous situer et d'avoir le niveau réel de notre production." Premier producteur de cacao au monde, la Côte-d'Ivoire ­ on le sait moins ­ possède aussi du pétrole, exploité off-shore par plusieurs opérateurs étrangers modestes (le Canadien CNR et l'Irlandais Tullow, principalement). Rien à voir, certes, avec le Nigeria voisin qui, avec 2 millions de barils par jour, occupe le premier rang en Afrique et le sixième à l'échelle mondiale. Pourtant, l'exploitation du brut est en hausse constante en Côte-d'Ivoire. Flou artistique. Dans quelle proportion ? "Nul le sait vraiment", remarque un expert étranger.


"Même dans des pays considérés comme particulièrement opaques, comme le Cameroun ou le Gabon, on a des chiffres de production. Mais pas en Côte-d'Ivoire", s'étonne un activiste qui milite pour la transparence de la gestion pétrolière. De fait, le gouvernement multiplie les déclarations contradictoires. Jusqu'à ces derniers jours, il évoquait "une augmentation de 50,7 % en 2006", soit une production moyenne de 60 000 barils par jour. Puis, fin mai, il a cité le chiffre de "40 000 à 50 000". "Les 80 000 barils/jour annoncés officiellement n'ont jamais été atteints", a juré le ministre de l'Economie, ajoutant à la confusion.

Ce flou artistique sur les chiffres ne doit rien au hasard. Même pompé en (relativement) modeste quantité, le pétrole rapporte gros. Exporté intégralement et en toute discrétion, il échappe en grande partie aux statistiques officielles. Le ministre de l'Economie l'a d'ailleurs lui-même reconnu à mots couverts : "La quantité produite n'est pas automatiquement reversée à l'Etat", a-t-il dit, évoquant un "contrat de partage" entre l'Etat et les opérateurs. Des contrats passés de gré à gré, sans publicité.

Variations. Le montant réel des revenus pétroliers affecté au budget est ainsi sujet à caution, ne serait-ce qu'en raison des variations des chiffres de production distillées par le gouvernement. En 2006, le budget de Côte-d'Ivoire se montait officiellement à 1 965 milliards de CFA (3 milliards d'euros), dont 187,6 milliards CFA (290 millions d'euros) de recettes pétrolières. Un chiffre qui, selon certains experts, ne correspond pas forcément aux royalties touchées par l'Etat ivoirien, mais aussi aux taxes prélevées sur les produits pétroliers. Pour un haut fonctionnaire étranger, bien au fait du dossier, "les recettes pétrolières sont probablement équivalentes à celles du cacao".

Côte d'Ivoire: Exploitation du Pétrole ivoirien - Plus de 100 milliards camoufles

Exploitation du pétrole en Côte d`Ivoire : Gbagbo n`a pas dit la vérité sur les chiffres
  samedi 27 octobre 2007 - Par Le Nouveau Réveil

Faisant suite à son récent entretien télévisé, le chef de l'Etat a voulu s'essayer au jeu de la transparence en rendant enfin public les chiffres de l'exploitation des ressources pétrolières ivoiriennes depuis son accession au pouvoir en 2000. Mais très vite, Laurent Gbagbo est rattrapé par les faits. Les vrais chiffres certifiés de la production du pétrole en Côte d'Ivoire dépassent, en effet, largement et considérablement ce que le chef de l'Etat a déclaré devant la nation. "La Côte d'Ivoire n'est pas un pays pétrolier à l'image du Qatar et du Nigeria. La production moyenne journalière de notre pays est de 50.000 barils là où le Nigeria fait 2,3 millions et l'Angola 1,5 million baril/jour", avait affirmé Laurent Gabgbo sur fond de colère à l'égard de tous ceux qui critiquent un peu trop, à son goût, la gestion des ressources pétrolières nationales de son régime. Il avait même ajouté que le pétrole était loin d'être un challenger sérieux pour le binôme café-cacao dans la mesure où en terme de revenus, l'exploitation de ce pétrole n'a rapporté que 105 milliards de FCFa en 2005 et 135 milliards en 2006. Tous ces chiffres brandis ont été confirmés par un document d'information officiel du ministère des Mines et de l'énergie distribué aux rédactions avant-hier. Mais aussi rapidement, nous avons pu entrer en possession d'un certain nombre de documents, dont la source et la crédibilité ne peuvent être sujettes à doute, qui attestent que le chef de l'Etat n'a pas dit toute la vérité sur la production du pétrole en Côte d'Ivoire et que les chiffres déclarés ne sont pas les vrais. Le premier document qui contredit Gbagbo est daté du 18 octobre 2007 et émane du Conseil de sécurité de l'ONU. Il s'agit d'un rapport d'experts mandatés par les Nations unies. Ledit document est intitulé "Rapport présenté par le Groupe d'experts en application au paragraphe 2 de la résolution 1761 (2007) du Conseil de sécurité". En son chapitre VII relatif aux "Ressources naturelles", ce rapport qui dresse un état des lieux assez détaillé sur la situation politique, militaire, économique et sociale de la Côte d'Ivoire révèle en son point B sur les hydrocarbures que ce secteur occupe le premier rang des exportations ivoiriennes (1569 milliards de FCFA en 2006) et contribue à hauteur de 17% du produit intérieur brut national". Pour obtenir ces données capitales, le comité d'experts onusien affirme avoir rencontré le comité pétrolier (instance dépendant du ministre des Mines et de l'énergie) et quelques acteurs privés qui opèrent dans le secteur de la distribution des hydrocarbures. En revanche, les experts n'ont pu obtenir d'informations précises sur la gestion de la manne pétrolière. Les mêmes experts écrivent que les démarches entreprises auprès du ministère de l'Economie et des finances pour l'obtention des informations sur l'utilisation des redevances et taxes générées par la filière café-cacao et le secteur des hydrocarbures sont restées sans suite". Voilà comment nos autorités pratiquent la transparence. Dans un autre rapport d'experts rendu public par la coalition nationale, "Côte d'Ivoire, publiez ce que vous payez" (CI-PCQVP), filiale de l'"International of transparency" (ITIE), nous apprenons que Laurent Gbagbo n'a pas aussi dit la vérité en ce qui concerne la quantité de la production pétrolière ivoirienne. Se fondant en effet sur les dernières statistiques, ces experts révèlent que la production officielle moyenne est de 75.000 barils/jour. Mais que "des sources issues de la presse internationale (African Energy) estiment ce chiffre autour de 90.000 barils/jour, produit seulement à partir des champs Espoir, Lion et Baobab. Les prévisions indiquent une croissance de l'exploration et de la production du pétrole brut dans les prochaines années. Les réserves de pétrole brut découvert sont estimées à 25 milliards de barils et les réserves de gaz naturel à 77 milliards de mètre cube…" Voilà les vrais chiffres que l'on cache. Et pour couvrir cette gestion opaque du secteur, la Côte d'Ivoire n'a pas encore jugé utile de ratifier l'ITIE, organisme international qui définit un certain nombre de critères de transparence et de bonne gouvernance dans la gestion des ressources pétrolières. En Afrique, ont déjà ratifié ce traité le Nigeria, le Cameroun, le Liberia, le Ghana, le Congo Brazza…
Akwaba Saint-Clair

Audits sur le pétrole ivoirien
L'évocation des chiffres sur la production de pétrole en Côte d'Ivoire avait attiré au chef de l'Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, la critique des médias nationaux. Alors qu'il avait indiqué dans un message télévisé que la production quotidienne de pétrole était de 50 000 barils, la presse indiquait que cette production se situait plutôt autour de 80 000 barils/jour. Cette polémique autour de la production de pétrole en Côte d'Ivoire est la conséquence d'une longue tradition d'opacité autour de la gestion des richesses agricoles et minières ainsi que de l'énergie. Pour prendre le taureau par les cornes, le gouvernement ivoirien sous la pression du comité national de transparence et des bailleurs de fonds, a commandité trois audits dans le secteur du pétrole. Un de ses audits s'intéressera à la Société Ivoirienne de raffinage (SIR) dont le Conseil d'Administration est aux mains de Zirignon Ottro, un proche du président Gbagbo. La rumeur sur l'utilisation des recettes du pétrole comme « caisse noire » de la présidence ivoirienne avait en effet enflé au point que le ministre ivoirien de l'économie et des finances Charles Diby, évoquant la question avait déclaré récemment que la contribution de celle-ci au budget de l'Etat était seulement de 125 milliards en 2007 sur 1922 milliards FCFA. Le résultat des audits devrait remettre la sérénité dans ce secteur d'activité en pleine croissance en Côte d'Ivoire. En attendant, c'est le Président Gbagbo, lui-même qui calme les ardeurs : « La Côte d'Ivoire n'est pas encore un pays pétrolier », précise-t-il. Malgré la concession de l'exploitation de nombreux blocs pétroliers, l'ensablement avait contraint à la mise en veille de certains puits, avait-il expliqué. Toutefois, le président ivoirien estime qu'en 2009 la production actuelle de 50 000 barils pourrait doubler.
 
La Côte d'Ivoire affiche ses ambitions pétrolières  
Après la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR) fondée il y a quarante cinq ans, la Côte d'Ivoire a entrepris la construction d'une deuxième raffinerie. En posant la première pierre, à la mi novembre, le président Gbagbo n'a pas manqué d'exprimer les ambitions de son pays pour une économie pétrolière.

Par Parfait Kouassi, Abidjan

La nouvelle raffinerie est à la dimension des défis de la Côte d'Ivoire réunifiée. D'une capacité théorique de base de 60 000 barils par jour (3 millions de tonnes par an), cette raffinerie sera bâtie sur une superficie de 100 ha, avec une réserve de 300 hectares additionnels pour abriter les cuves dans le cadre d'un projet de stockage stratégique. Le projet qui sera finalisé dans 36 à 40 mois est évalué à 1, 4 milliards de dollars (700 milliards de F CFA). La construction se fera avec le concours de WCW International Holding Company et Energy Allied International, deux partenaires techniques et financiers américains de la Société nationale d'opérations pétrolières (Petroci), porteur du projet. « Elle raffinera pour l'essentiel, le pétrole ouest africain pour en faire de l'essence, du jet fuel, du diesel et du butane, destinés prioritairement au marché de la sous région », a dit Kassoum Fadika, le directeur général de Petroci. Cette production devrait faire de la Côte d'Ivoire, le principal fournisseur de produits pétroliers de l'UEMOA et conforter sa position de poumon économique de cet espace économique régional.

Vocation régionale Achevée, cette raffinerie devrait être aussi l'une des plus importantes en terme de capacité de transformation d'Afrique (10 millions de tonnes/an). L'objectif de Pétroci est de devenir une grande entreprise pétrolière à l'image de Sonangol en Angola ou Sonatrach en Algerie. Petroci ambitionne, en effet, de réaliser la chaîne complète de production qui part de l'exploration à la distribution, c'est-à-dire : l'exploration, la production, les appontements, lignes et transport, la distribution du gaz naturel, du gaz butane et de l'huile connue sous l'appellation de pétrole et enfin la transformation. Cette société nationale d'opérations pétrolières réalise déjà des performances qui réjouissent ses dirigeants, et qui ont accru sa capacité de production et de distribution (Voir tableau). Elle reste ainsi le leader du marché national de gaz butane avec 37% de parts.

Grand producteur Avec ses 40 stations services mise en place en 2005, Petroci s'impose également comme le 3e distributeur national après Total et Shell. Pour soutenir ses ambitions, le conseil d'administration de cette société a mis en route plusieurs projets majeurs dont la construction d'une usine de fabrication et de requalification de bouteilles de gaz qui devrait s'achever début 2008. Dans les 18 mois à venir, un réseau de pipeline entre Abidjan et Bouaké devrait également être livré. Pour ses projets plus lourds comme la réalisation d'un réseau de pipeline entre Abidjan et Takoradi, le dépôt pétrolier de San Pedro, le complexe agro biodiesel de San Pedro, Petroci est à la recherche de partenaires techniques et financiers. « Il y a du pétrole en Côte d'Ivoire, nous serons un grand producteur de pétrole », avait laissé éclater sa joie, le chef de l'Etat ivoirien, Laurent Gbagbo devant autant de perspectives prometteuses.

 
Production

Produits/ Activités

2005

2006

Taux de croissance

Production d'huile (en barils)

148 000 000

224 000 000

51%

Distribution de gaz naturel (en pieds cubes)

629 000 000

702 000 000

12%

Distribution de gaz butane (en tonne)

32 100

33 400

4%

Vente de gaz (en pieds cubes)

10 000 000 000

11 000 000 000

10%

Appontements et lignes (en tonne)

4 600 000

4 800 000

4%