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G-20 – La crise financière mondiale : riposter aujourd'hui pour assurer l'avenir

Document d’information préparé par le Groupe de la Banque mondiale
Sommet du G-20 sur les marchés des capitaux et l’économie mondiale
Washington, 15 novembre 2008

De nombreux pays en développement entrent dans une zone dangereuse. Les projections du taux de croissance des pays en développement, qui étaient initialement de 6,4 % pour 2009, ont été abaissées pour s'établir à 4,5 %. Les économies des pays à revenu élevé, dont beaucoup sont déjà entrées en récession, semblent maintenant devoir se contracter de 0,1 % en 2009 tandis que la croissance de l'économie mondiale ne dépassera pas 1 %. L'incertitude règne, et même ces scénarios pourraient s'avérer optimistes. Certains pays en développement seront frappés beaucoup plus durement que la moyenne — et afficheront une croissance négative par habitant, voire même aussi en termes absolus.

La crise financière mondiale, si peu de temps après les chocs des prix des denrées alimentaires et des carburants, pourrait marquer un revers important dans la lutte contre la pauvreté. Le brusque resserrement du crédit et le tassement de la croissance auront probablement pour effet de réduire les recettes publiques et la mesure dans laquelle les autorités nationales peuvent investir pour atteindre leurs objectifs dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la parité homme-femme. Ce sont les pauvres qui seront le plus durement frappés. Selon les dernières estimations, une diminution de 1 % des taux de croissance des pays en développement aura pour effet de faire basculer 20 millions de personnes de plus dans la pauvreté. Cent millions d’êtres humains ont déjà subi ce sort par suite du niveau élevé des prix des denrées alimentaires et des carburants.

Dans un monde de plus en plus interconnecté, où des crises apparemment lointaines peuvent se propager rapidement à l'ensemble de la planète, la riposte doit être d'envergure mondiale, concertée, souple et rapide. S’il est nécessaire de s’attaquer aux problèmes au niveau national, il importe aussi, plus que jamais, que la communauté internationale agisse de manière coordonnée et solidaire pour faciliter la tâche de chaque pays.

Les enseignements tirés de crises antérieures témoignent de l'importance de la poursuite des investissements dans le développement à long terme. Tandis que les pays en développement devront ajuster leurs budgets compte tenu de la nouvelle réalité des finances publiques, il leur faudra gérer cet ajustement avec grand soin pour protéger les investissements à long terme dans l'infrastructure et le développement social, éviter des compressions inutiles des dépenses publiques essentielles et rétablir une croissance économique à long terme de haute qualité — autant d'éléments absolument nécessaires à la reprise des progrès en direction des objectifs de développement pour le Millénaire. Il est crucial de maintenir les flux d'aide et d'honorer les engagements pris, et de leur apporter un complément si nécessaire. L’aide publique au développement, qui est de l'ordre de 100 milliards de dollars par an, est faible par comparaison aux sommes dépensées pour faire face à la crise financière dans les pays développés.

La Banque mondiale peut, en coopération avec ses partenaires, aider à établir des voies de collaboration entre les participants afin d’assurer une riposte multidimensionnelle — pour mettre les plus pauvres et les plus vulnérables à l’abri d’une grave dégradation de leur situation dans l'immédiat et à long terme, prendre des mesures visant à aider le secteur financier et le secteur privé à faire face à la crise, appuyer les efforts de gestion des problèmes budgétaires dans les pays, et éviter de retarder la poursuite des investissements à long terme dont dépendront la reprise et le développement à l’avenir.

Le Groupe de la Banque mondiale est en mesure d'accroître considérablement son appui financier à ses clients. La BIRD a un niveau élevé de fonds propres et elle est en mesure de prendre de nouveaux engagements à hauteur de 100 milliards de dollars pour les trois prochaines années, et notamment de tripler le montant de ses engagements cette année. L’IDA, qui a bénéficié d'une reconstitution de ses ressources d'un niveau sans précédent, dispose de 42 milliards de dollars pour appuyer les pays les plus pauvres au cours des trois années à venir, et elle a la capacité de décaisser une partie importante de ce montant au début de cette période. L'IFC lance quatre nouveaux mécanismes pour la recapitalisation des banques, le financement de l'infrastructure, la facilitation du commerce et le recentrage de ses services-conseil. En conjuguant leurs ressources aux apports d'autres entités, ces nouveaux mécanismes pourraient générer plus de 30 milliards de dollars au cours des trois prochaines années. La MIGA peut aussi apporter des liquidités pour répondre aux besoins pressants des systèmes bancaires des pays en développement.

I. Les défis à relever pour les responsables de l'action publique

Les responsables de l’action publique doivent baser leurs décisions sur des considérations qui vont au-delà du financement de leur balance des paiements et de leurs besoins de liquidités immédiats pour contribuer à la poursuite de programmes propices à la reprise, à la croissance, et à un développement solidaire et durable. L'action publique devra donc non pas simplement viser à empêcher une escalade de la crise mais aussi à assurer des bases solides à la relance par le biais : de réformes bancaires et réglementaires qui encouragent aussi l'innovation et favorisent l'accès aux services financiers — en particulier pour les pauvres ; de mécanismes de garantie et d'assurance des dépôts conçus avec soin et de manière concertée au plan international pour éviter que les montants en dépôt ne fuient vers les pays qui offrent des assurance plus généreuses ; de politiques de financement anticycliques prudentes qui permettront d'investir dans l'avenir ; de programmes de relance budgétaire qui peuvent appuyer le développement social et celui de l'infrastructure pour ériger les fondations de la croissance ; et de l'accès des petites et moyennes entreprises au crédit grâce aux programmes de microfinance et de prêts aux PME afin de stimuler l'emploi.

Alors même qu’ils s’évertuent à lutter contre les foyers de crise, les responsables de l'action publique doivent se préoccuper de l'avenir. Les liquidités et les crédits qui sont injectés actuellement dans le système risquent de générer, ultérieurement, une alternance de phases plus prononcées de forte expansion et de récession à moins que des mécanismes adaptés de réglementation et de contrôle financier n’aient été mis en place.

Mais surtout, les responsables de l'action publique dans les pays développés doivent éviter d’adopter des politiques, des structures et des normes qui compromettent les intérêts des pays en développement, ou qui en font abstraction. Les gouvernements de nombreux pays en développement ont pris des mesures courageuses au cours des dernières années afin de mettre en place des politiques macroéconomiques et budgétaires judicieuses, pour se retrouver maintenant aujourd'hui à la merci d'une crise dont ils ne sont nullement responsables. La montée de courants de protectionnisme ou de nationalisme économique dans les pays développés irait encore plus à l'encontre de leurs intérêts.

II. L’impact de la crise financière mondiale sur les pays en développement[1]

a) Révision des perspectives mondiales

Les perspectives économiques mondiales se sont considérablement
dégradées. L'aggravation de la crise financière aux États-Unis et sa rapide propagation depuis le milieu de septembre aussi bien dans les autres pays à revenu élevé que dans les pays en développement a radicalement modifié les projections de croissance. L'estimation du taux de croissance des pays en développement, qui devait s'établir à 6,4 % en 2009, a été abaissée à 4,5 %, et l’on s’attend désormais à ce que les économies des pays à revenu élevé, dont beaucoup sont déjà entrés en récession, se contracteront de 0,1 % en 2009. Les projections font état d'une reprise de la croissance en 2010 mais la situation reste extrêmement incertaine et les résultats dépendront dans une très large mesure des actions menées face à la crise dans les pays développés et en développement[2]. Le commerce mondial, qui avait affiché une expansion de 9,8 % en 2006, devrait selon les projections diminuer en 2009 ; cette contraction sera la première observée depuis 1982.

Pratiquement aucun pays, qu'il soit en développement ou développé, n’est à l'abri de l'impact d’une crise qui fait tâche d'huile mais les pays qui, lorsqu’ils ont été atteints, avaient des fondamentaux plus solides et étaient moins intégrés dans l'économie mondiale, seront, dans l'ensemble, moins touchés. La dégradation des conditions financières a été particulièrement grave dans les pays affichant d'importants déficits des transactions courantes et dans ceux qui donnaient des signes de surchauffe et d’un accroissement des crédits trop rapide pour pouvoir durer avant que la crise financière ne s'aggrave. Sur les vingt pays en développement dont l'économie a été le plus frappée par la dégradation des conditions (c’est-à-dire la dépréciation du taux de change, l'élargissement des spreads, la chute des marchés boursiers et l'ampleur des déficits des transactions courantes), sept se trouvent en Europe et Asie centrale et huit en Amérique latine.

Les pays les plus pauvres, notamment un grand nombre de pays africains, seront fortement touchés par la crise mais les courroies de transmission seront probablement très différentes de celles observées sur les marchés émergents. Les secteurs financiers des pays à faible revenu sont moins intégrés dans les marchés mondiaux des capitaux. L'impact direct de la crise y sera donc probablement plus limité. Toutefois, les pays les plus pauvres souffriront du ralentissement de la croissance de leurs exportations, de la diminution des envois de fonds sur salaires, et de la baisse des cours des produits de base (qui aura pour effet de réduire les revenus des exportateurs de produits de base). La crise pourrait également entraîner une contraction des flux d'investissements privés, et réduire ainsi la mesure dans laquelle les économies précaires peuvent faire face à leurs vulnérabilités internes et à leurs besoins de développement. Dans ce contexte, il devient absolument essentiel d'honorer les engagements pris à l'échelle mondiale pour fournir une aide au développement aux pays les plus pauvres.

b) Riposte des pouvoirs publics des pays développés

Après quelques hésitations, la riposte menée dans le secteur financier gagne en vigueur. Les pouvoirs publics et les banques centrales prennent des mesures résolues pour garantir les titres de créances, promouvoir la liquidité interbancaire et recapitaliser des banques saines mais en difficulté, en tant que de besoin. Si ces efforts ont permis d'améliorer quelque peu les conditions des crédits, les flux de financement restent limités et les banques commerciales hésitent à se prêter les unes aux autres. Pour autant qu'il se soit rétréci par rapport au niveau record récemment observé, le spread interbancaire demeure, à 200 points de base, bien supérieur aux niveaux enregistrés avant la crise, soit environ 30 points de base[3]. Les marchés boursiers du monde entier restent extrêmement volatiles, après avoir affiché de lourdes pertes, et les valeurs boursières fluctuent considérablement d’un jour à l’autre.

Les gouvernements de nombreux pays devront mettre en place des programmes de relance budgétaire et des plans de sauvetage. Ils devront suivre une démarche cohérente et mener des interventions efficaces pour maintenir la confiance dans l’aptitude du secteur public à endiguer la crise et à continuer de jouer le rôle de prêteur de dernier ressort. Il sera encore plus important qu’ils calibrent soigneusement leurs plans de sauvetage pour aider les banques en difficulté mais aussi pour permettre aux contribuables de recouvrer leurs investissements. Cela vaut également pour les réformes et l'assistance axées sur les plans de sauvetage internationaux. Un programme de relance budgétaire doit être conçu de manière à avoir le plus grand impact possible sur l'obstacle fondamental à la croissance, ce qui peut impliquer la nécessité d'une aide au paiement des hypothèques dans certains pays.

Même s’il est probable que la récession sera de longue durée, il est déjà possible de distinguer les signes d'une reprise future. Il s'agit notamment de la stabilisation et de la reprise du secteur du logement aux États-Unis (les opérations commencent déjà à reprendre sur le marché du logement dans l'ouest du pays même si les prix continuent de baisser). La récession dans le secteur du logement a frappé l'Europe plus tard et la relance des marchés européens les plus durement frappés pourrait ne pas se produire avant un certain temps. Par ailleurs, les progrès se poursuivent dans le cadre des efforts déployés pour restructurer les dettes et conforter le bilan des banques et pour procéder aux ajustements effectués pour des centaines de milliers de ménages dont certains pourraient perdre leur logement. Il s'agit également de l'assouplissement progressif des conditions du crédit parce que les plans de sauvetage lancés par les pouvoirs publics fournissent l'appui nécessaire et que les investisseurs recommencent, très progressivement, à acquérir des titres participatifs fortement décotés ; de la baisse des cours du pétrole qui a pour effet de redistribuer les revenus en faveur des ménages ayant la propension à dépenser la plus forte, et d’induire un ralentissement de l'inflation qui permettra de dégager la marge de manœuvre requise pour des politiques budgétaire et monétaire expansionnistes. Et il s'agit du réalignement des taux de changes qui allégera le fardeau de l'ajustement pour les pays qui doivent assumer la charge de leur dette et de leur déficit extérieurs.

c) Vulnérabilités des pays en développement et impacts sur ces derniers

Les pays en développement ont au départ été épargné par les manifestations les plus graves de la crise, mais ce n'est plus le cas, parce que le ralentissement conjoncturel de l’activité, déjà amorcé en septembre, est devenu plus prononcé. Les conditions financières se sont considérablement durcies, les flux de capitaux en direction des pays en développement se sont taris et des volumes massifs de capitaux ont été retirés des marchés, ce qui s'est traduit par un effondrement de la valeur des titres participatifs et par l'élargissement des spreads sur les obligations. Vers le milieu d'octobre, la quasi-totalité des gains réalisés depuis le début de 2008 sur les marchés des actions des pays en développement s’étaient évaporés et plus aucune introduction en bourse n'a eu lieu. Les spreads sur les obligations souveraines et les créances commerciales (qui, jusqu'à il y a peu de temps, étaient la plus importante source de financement dans les pays en développement) se sont considérablement accrus.

Les différentiels de taux d'intérêt se sont élargis de manière spectaculaire dans les pays en développement tandis que les cours des titres de participation s’effondraient. Les spreads des obligations souveraines ont atteint 650 points de base et ceux des titres de créances commerciales (qui, jusqu'à récemment, était la plus importante source de financement dans les pays en développement) ont fait un bond pour dépasser 900 points de base — alors qu'ils étaient encore inférieurs à 200 points de base en juin 2008. À l'exception du yen et du yuan, les monnaies de pratiquement tous les pays du monde entier se déprécient par rapport au dollar depuis le 15 septembre ; celles de 18 pays en développement se sont dépréciées de plus de 20 %. Les cours des actions sur les bourses du monde en développement se sont également effondrés, affichant un repli de plus de 25 % en moyenne de leur valeur en monnaie nationale depuis le 15 septembre[5].

Si les marchés du crédit ne se débloquent pas suffisamment rapidement, leur gel pourrait avoir de graves conséquences pour les pays en développement. Les conditions de financement se dégraderaient rapidement et des secteurs financiers intérieurs, par ailleurs solides, pourraient se trouver dans l’impossibilité d'emprunter ou hésiteraient à prêter aussi bien sur les marchés mondiaux que sur le marché intérieur, de sorte que les secteurs de production intérieurs ne pourraient plus se procurer de capitaux circulants et à long terme. Ce scénario déboucherait sur une récession longue et profonde dans les pays à revenu élevé, caractérisée par de fortes perturbations et turbulences. Si les mesures prises pour relancer les opérations sur les marchés financiers et pour maintenir l'offre de crédit aux secteurs productifs donnent de bons résultats, il est possible que la récession soit moins profonde.

Il faut déjà compter avec une forte réduction des flux de capitaux en direction des pays en développement. Même si les vagues de panique qui déferlent sur les marchés du crédit et des titres de participation dans le monde entier sont rapidement endiguées, la réduction de l'effet de levier sur les marchés financiers et une période prolongée de consolidation du secteur bancaire devraient se traduire par une forte contraction des flux de capitaux à destination des pays en développement. Les entrées de capitaux privés dans ces pays devraient, selon les projections, tomber de mille milliards de dollars en 2007 à environ 530 milliards de dollars en 2009 (c'est-à-dire de 7,7 % à 3,0 % du PIB des pays en développement).

Les chocs exercés par le renchérissement des produits alimentaires et des combustibles font déjà payer un lourd tribut financier aux pays en développement et, ce faisant, réduisent la mesure dans laquelle ils peuvent faire face aux retombées de la crise financière. Face au renchérissement des produits alimentaires et des combustibles, les décideurs ont eu largement recours à des réductions d'impôts pour compenser la hausse des prix et ont accru leurs dépenses au titre de mesures de subvention et de soutien des revenus. Les chiffres présentés sur 161 pays dans un récent bulletin du FMI montrent que près de 57 % des pays ont allégé les taxes frappant les produits alimentaires et que 27 % de pays ont abaissé les taxes sur les combustibles. Près d'un pays sur cinq a accru les subventions alimentaires tandis que 22 % des pays ont augmenté les subventions pour les combustibles.

La récente baisse des prix alimentaires et des combustibles ne signifie pas que les pressions ont cessé et que les problèmes se sont évaporés. Si les cours des produits de base sont retombés pratiquement aux niveaux qu'ils avaient avant l’envolée des prix observée en 2007 et au premier semestre de 2008, ils restent toutefois supérieurs à leurs niveaux de 2004-05, et la dépréciation des monnaies a pour effet d'accroître les coûts en monnaie nationale dans de nombreux pays importateurs de produits alimentaires et de combustibles. Pour les groupes de populations extrêmement pauvres, une réduction, même temporaire, d’une consommation déjà très faible, peut avoir de graves conséquences à long terme. Les ménages les plus pauvres sont déjà peut-être confrontés à une réduction de la quantité et/ou la qualité des aliments qu'ils consomment, et des services d'éducation et autre services de base auxquels ils ont accès, ce qui compromettra de manière irréparable l'état de santé et le niveau d'instruction de millions d'enfants. Pour les ménages pauvres, obligés de remplacer les aliments qu'ils consomment par des denrées moins chères et moins nutritives, voire même de réduire leur apport calorique, cela se solde par une perte de poids et une malnutrition avancée.

En 2008, le renchérissement des denrées alimentaires pourrait avoir accru de 44 millions le nombre d'enfants souffrant de problèmes cognitifs et physiques permanents dus à la malnutrition. Un grand nombre des pays les plus exposés à l'augmentation des prix mondiaux des denrées alimentaires et des combustibles sont ceux qui affichaient déjà des niveaux de malnutrition élevés avant la crise. Le Burundi, Madagascar, le Niger, Timor-Leste et le Yémen comptent parmi les 10 pays les plus touchés selon les indicateurs de retards de croissance et de dénutrition. Tous ces pays ont connu une inflation à deux chiffres pour les produits alimentaires en 2007-08.

Malgré la baisse des cours des produits de base, le risque d'inflation perdure. Jusqu'à une date récente, le renchérissement des produits de base et le peu de capacités disponibles dans de nombreux pays ont alimenté aussi bien l'inflation globale que l'inflation de base dans le monde entier, et le taux d'inflation globale a augmenté d'environ cinq points dans les pays en développement. Bien que les cours mondiaux des produits de base affichent un repli très net et que les pressions au niveau des capacités s'atténuent, le risque d'inflation perdure. Dans de nombreux pays, les prix à la consommation pourraient ne pas se caractériser par la même souplesse à la baisse, et des pressions à la hausse continueront de s'exercer sur les prix car les ménages s'efforceront de recouvrer les lourdes pertes qu'ils ont subies en termes de revenus réels depuis janvier 2007 tandis que les entreprises chercheront à redevenir profitables.

L'investissement devrait marquer le pas car il subit de plein fouet l'impact de la crise financière. L'investissement a été le principal moteur de la croissance des pays en développement au cours des cinq dernières années. Or les investissements dans les pays en développement risquent de se trouver pris dans une « tempête magistrale » par suite de la convergence du ralentissement de la croissance mondiale, de l'arrêt des apports de fonds propres et de financements à moyen et long terme au secteur privé, d’une hausse des taux d'intérêt et de la baisse des cours des produits de base à moyen terme qui pourraient décourager la réalisation de nouveaux investissements dans les secteurs des ressources naturelles.

À moins qu'elles ne soient bien coordonnées et soigneusement formulées, les mesures prises par les pays développés touchés par la crise pourraient compromettre les efforts des pays en développement. Certaines interventions ou garanties des pouvoirs publics en faveur de groupes durement frappés dans les pays développés visent à réduire le coût de l’emprunt et le risque de marché perçu. Or de telles mesures peuvent, par inadvertance, dégrader le risque perçu pour d'autres, notamment les États souverains des pays en développement ainsi que les entreprises privées de pays développés et en développement. Si de telles interventions se prolongent, il sera encore plus difficile pour certains de lever les ressources financières dont ils ont besoin pour survivre et prospérer. Face à la crise actuelle, il est tout aussi important d'examiner la manière dont le retour à un contexte plus normal pourra s’effectuer, en considérant notamment l’imposition de limites à la durée d'interventions particulières et la formulation de stratégies de désengagement ordonnées. Le renforcement de la collaboration multilatérale est un moyen d'éviter ces retombées négatives.

Le brusque revirement de l'évolution des prix des produits de base peut impliquer un ajustement tout aussi drastique pour les exportateurs de ces produits. Si l'évolution défavorable des termes de l'échange à laquelle sont confrontés les importateurs de produits alimentaires et de combustibles a commencé à s'inverser, les exportateurs de ces produits sont, quant à eux, confrontés à des chutes des prix qui pourraient avoir de fortes conséquences sur leurs comptes courants. Dans le même temps, de nombreux pays en développement sont devenu très largement tributaires de financements extérieurs au cours des dernières années, que ce soit sous la forme d’aides ou d’apports de capitaux privés. La moitié environ des pays en développement affichent des déficits des transactions courantes qui dépassent 5 % de leur PIB ; pour environ un tiers de ces pays, ce pourcentage est supérieur 10 %.

Les envois de fonds sur salaires des travailleurs dans des pays d’accueil devraient diminuer par suite du ralentissement économique mondial, mais l'impact de cette contraction sur la valeur des entrées de fonds dans les pays bénéficiaires dépendra dans une large mesure des taux de change. Dans 28 pays en développement, les envois de fonds de l'étranger étaient d'un montant supérieur à celui des recettes générées par le principal produit d'exportation et, dans 36 pays, il était supérieur au montant des entrées de capitaux privés et publics. Ces envois de fonds sont également un important mécanisme de réduction de la pauvreté. Les flux de fonds sur salaires des pays d'accueil vers les pays en développement, qui devraient, selon les estimations, se chiffrer à 283 milliards de dollars en 2008, ont commencé à se ralentir au deuxième semestre de l'année et, selon les projections, devraient encore se réduire en 2009. Toutefois, les fortes fluctuations des taux de change observées au cours des dernières semaines se sont révélées avoir un effet beaucoup plus important que la contraction escomptée du montant des envois de fonds de l'étranger libellés en la monnaie des pays d'accueil. La variation de la valeur en monnaie nationale des envois de fonds différera donc probablement d'un pays à un autre. Globalement, les envois de fonds de l'étranger vers les pays en développement devraient tomber de 1,8 % du PIB des pays bénéficiaires en 2008 à 1,6 % en 2009.

III. Le développement : défis et ripostes

La coopération multilatérale revêt une importance fondamentale. Les problèmes relevant de l'action publique doivent être abordés au niveau national, mais il est plus important que jamais que la communauté internationale agisse de manière concertée et solitaire pour faciliter la tâche de chaque pays. L'injection concertée de liquidités par les grandes banques centrales depuis l'année dernière, les efforts supplémentaires déployés plus récemment et la décision prise par la communauté internationale d'établir la Facilité de liquidités à court terme (SLF) pour pouvoir mobiliser plus rapidement d'importants financements auprès du FMI, ne sont que quelques exemples de cette collaboration. Dans le sillage de la crise financière, il est impératif que les pays bailleurs de fonds honorent les engagements qu’ils ont pris à Gleneagles, parviennent à un accord dans le cadre des négociations multilatérales de Doha à l'OMC et donnent suite aux engagements de Bali sur les changements climatiques.

Une riposte vigoureuse à la crise peut préparer le terrain à un nouveau multilatéralisme. Les institutions mondiales du XXe siècle ne sont pas conçues pour faire face aux problèmes mondiaux du XXIe siècle. Le G-7 ne suffit plus. Il faut, non plus un système fixe ou unitaire, mais un réseau souple d'institutions permettant de maximiser les avantages respectifs d’intervenants mondiaux interconnectés, non pas seulement les institutions en place comme la Banque mondiale, le FMI et l’ONU, mais aussi les entreprises du secteur privé et les organisations de la société civile. Le nouveau multilatéralisme économique doit être extensif et pragmatique, couvrir non seulement les questions commerciales et financières, mais aussi celles qui concernent le développement, les changements climatiques, les États fragiles et l'énergie. Il doit sortir du cadre du G-7 pour inclure également, outre les économies qui montent en puissance, des représentants des pays les plus pauvres.

La crise fait ressortir la nécessité de réformer les institutions de Bretton Woods. Un Groupe de la Banque mondiale modernisé doit représenter les réalités économiques internationales du XXIe siècle, reconnaître le rôle et les responsabilités de parties prenantes en expansion et donner davantage la parole à l'Afrique. La question de la voix et de la participation doit être résolue par les actionnaires de la Banque mondiale. Le mois dernier, ces derniers ont entériné un plan de réforme initial. Dans un second temps, ils sont convenus que la Banque devrait lancer un programme d'action détaillé et intensif pour réaligner la répartition des parts du capital de la Banque et promouvoir une distribution équitable du nombre de voix entre les pays développés et les pays en développement. Les travaux concernant cette seconde phase viennent de commencer et devraient rapidement déboucher sur un consensus. La Commission Zedillo, créée par le président du Groupe de la Banque mondiale, M. Zoellick, pour replacer l’examen de la gouvernance du Groupe dans une perspective plus large, fera rapport l'année prochaine.

Il est impératif d’empêcher que la crise financière ne dégénère pas en crise humanitaire. La Banque mondiale a un rôle crucial à jouer, en coopérant avec ses partenaires, pour contribuer à résoudre cette crise financière et humaine mondiale. Elle peut aider à établir des voies de collaboration entre les participants à une riposte qui doit avoir plusieurs dimensions — pour mettre les plus pauvres et les plus vulnérables à l’abri d’une grave dégradation de leur situation dans l'immédiat et à long terme, prendre des mesures visant à aider le secteur financier et le secteur privé à faire face à la crise, appuyer les efforts de gestion des problèmes budgétaires dans les pays, et réduire le risque d’un retard dans la poursuite des investissements à long terme dont dépendront la reprise et le développement à l’avenir.

a) Protéger les pauvres

Cette crise, comme celles qui l'ont précédé, frappera plus durement les groupes de populations les plus pauvres et les plus vulnérables. Elle marquera un nouveau revers dans la lutte contre la pauvreté et accroîtra le nombre de victimes de la pauvreté et de la malnutrition. Selon les dernières estimations, une diminution de 1 % des taux de croissance des pays en développement aura pour effet de faire tomber 20 millions de personnes de plus dans la pauvreté. Le Groupe de la Banque mondiale doit donc faire face à la crise en appuyant en priorité des programmes qui contribuent à protéger les pauvres de ce qui menace de devenir une catastrophe humaine majeure[6]. Bien souvent, le pire est, non pas l'augmentation du nombre de pauvres, mais la chute des familles dans une misère encore plus profonde qui peut compromettre leur survie même.

Laisser les ménages à eux-mêmes peut avoir des répercussions sur les générations futures. Les ménages les plus démunis n'ont guère de possibilités de faire face à la situation. De nombreux ménages pauvres, déjà frappés par les crises des prix des produits alimentaires et des combustibles, ont épuisé les moyens dont ils pouvaient disposer pour faire face aux chocs et se tournent vers des filets de protection informels. Privés de revenus et d’opportunités de travailler, ils peuvent n'avoir plus d'autre choix que de vendre leurs actifs productifs, leur bétail ou leurs outils par exemple. S’ils ne peuvent pas nourrir leurs enfants, la malnutrition fera encore plus de victimes. Il est déjà manifeste que les enfants manquent l'école parce que leurs familles réduisent leurs dépenses d'éducation. Il se crée donc des enchaînements qui font des crises économiques la cause de la dégradation des perspectives des futures générations.

Arguments en faveur de la mise en place de filets de sécurité

Les crises des prix des prix des produits alimentaires et des combustibles et la crise financière sont les dernières manifestations d'une série de chocs qui ont frappé les populations pauvres du monde entier. Ces chocs peuvent réduire à néant les progrès accomplis lentement et à grand-peine dans la lutte contre la pauvreté dans le monde et causer des dommages irréversibles. La mise en place de filets de sécurité bien conçus et bien ciblés est un investissement judicieux aussi bien pour le moment présent que pour l'avenir.

Les programmes de filets de sécurité peuvent remplir quatre grandes fonctions : i) redistribuer les revenus en faveur des plus pauvres et des plus vulnérables, et avoir ainsi un impact immédiat sur la pauvreté et les inégalités ; ii) permettre aux ménages de mieux investir dans leur avenir ; iii) aider les ménages à gérer leurs risques ; et iv) permettre aux pouvoirs publics d'effectuer des choix qui favorisent l'efficacité et la croissance.

Les pays ont les moyens de mettre en place des filets de sécurité. Dans les pays en développement, les dépenses à ce titre représentent en moyenne environ 1 % ou 2 % du PIB ; elles sont toutefois bien inférieures dans certains pays et bien plus élevées dans d'autres. Certains des programmes donnant les meilleurs résultats, comme Oportunidades au Mexique ou Bolsa Familia au Brésil, coûtent l'équivalent de 0,4 % du PIB national. Pour assurer un financement adéquat des filets de sécurité, il est nécessaire de modifier l'ordre des priorités des dépenses publiques. La réduction ou l'élimination de subventions générales au niveau des prix peut également libérer des ressources. Le surcroît de dépenses encouru est souvent minime en comparaison au coût d'autres interventions menées pour faire face à la crise, tels que les programmes de travaux publics, l'augmentation des assurances-chômage ou le coût du sauvetage du secteur financier.

Des filets de sécurité efficaces font intervenir, notamment, un mécanisme de ciblage, un système de paiement ou de distribution d'aides en nature, et un dispositif de suivi. Ces composantes peuvent être adaptées en fonction des besoins, lorsque les capacités sont limitées et dans les États fragiles, pour avoir un impact immédiat en temps de crise. Le Groupe de la Banque mondiale collabore avec les pays à l'évaluation, à la mise en place et à l'examen des effets des programmes de filets de sécurité.

Les pays tributaires de l'aide sont particulièrement exposés à des décaissements inférieurs aux engagements et au changement des priorités des bailleurs de fonds. Malgré les engagements pris récemment en vue d’améliorer la prévisibilité de l'aide et accroître l'ampleur de l'aide publique au développement, les progrès sont lents et les difficultés que pose la réalisation de ces engagements en la situation actuelle devraient s'aggraver. L'IDA a les moyens nécessaires pour aider les pays à faire face à l'impact de la crise financière mondiale et les 45 pays bailleurs de fonds devraient tous concrétiser dans les faits les engagements qu'ils ont pris en vue de la Quinzième reconstitution des ressources de l'IDA dans les délais prévus. La majorité des bailleurs de fonds ont déjà obtenu l'approbation requise de leurs instances parlementaires et se sont engagé par écrit à apporter leur contribution à IDA-15 ; les autres s'emploient à mener à son terme le processus engagé aussi rapidement que possible.

La Banque mondiale, en collaboration avec les institutions de l'ONU, les banques régionales de développement et d'autres entités encore, accroîtra l'envergure de ses opérations de protection sociale pour assurer l'accès à des denrées alimentaires et réduire le plus possible l'impact de cette crise sur la nutrition des populations pauvres et vulnérables. Il existe solides arguments en faveur de la constitution, dès maintenant, de filets de protection sociale (voir l’encadré)[7]. Des filets bien ciblés peuvent contribuer à amortir les effets des crises économiques et éviter que des chocs temporaires ne causent des dommages permanents. Les interventions appuyées dans le cadre des projets d'aide d'urgence à décaissement rapide et des opérations à l'appui des politiques de développement comprendront des programmes de transfert de liquidités conditionnelles et l'apport ciblé de suppléments alimentaires.

Par suite des récentes crises des prix des denrées alimentaires et des carburants, un grand nombre de ces interventions sont déjà en cours. En mai, la Banque mondiale a lancé un Programme d'intervention en réponse à la crise alimentaire mondiale d’un montant de 1,2 milliard de dollars. Depuis, près de 900 millions de dollars ont été engagés, qui doivent financer des programmes de fourniture de semences, de plants et d'alimentation, menés en étroite collaboration avec des institutions de l'ONU et d'autres partenaires. La Banque a également lancé ses travaux concernant l’Initiative pour l'énergie au service des pauvres, nouveau programme qui doit permettre d'apporter un soutien rapide aux efforts déployés par les pays pour renforcer les filets de protection sociale. La riposte de la Banque mondiale à la crise financière mondiale sera fondée sur ces initiatives.

La Banque mondiale aidera également les pays en développement à assurer un accès aux services publics essentiels dont les populations pauvres dépendent. La BIRD et l’IDA auront recours à des opérations de redressement d'urgence à décaissement rapide ainsi qu'à des opérations d'investissement classiques pour accélérer et accroître les investissements dans les services de santé et d’éducation de base. Par exemple, la portée des programmes de repas scolaires sera élargie de manière à encourager les parents à garder leurs enfants à l'école et à fournir aux élèves les apports nutritifs dont ils ont besoin pour rester en bonne santé et apprendre.

b) Stabiliser le secteur financier et le secteur privé

La crise financière s'est amorcée dans le monde développé mais se propage rapidement parmi les systèmes financiers des pays en développement. Les institutions financières de ces derniers commencent à manquer de liquidités à court terme par suite du retrait des dépôts des particuliers et du tarissement d’autres sources de financement. La récession qui se propage dans le monde entier aura un impact sur la qualité des actifs du secteur financier, de sorte qu'il sera nécessaire de recapitaliser les institutions financières. Le manque de liquidité révélera également les carences fondamentales des cadres réglementaires et de la gestion des institutions financières, qui appelleront des réformes réglementaires et un renforcement des capacités. L'étroitesse des marchés du crédit dans les pays en développement fait rapidement sentir ses effets sur le secteur réel, en particulier dans les branches d'activité tributaires du financement des échanges et de leurs fonds de roulement.

Le Groupe de la Banque mondiale peut participer à un programme d'actions concertées et rapides pour éviter l'effondrement des secteurs bancaires des pays pauvres. Les initiatives correspondantes compléteront et appuieront les plans de sauvetage élaborés par les pays développés pour leurs propres systèmes financiers. La Banque mondiale fournira aux pays des services de conseil pour les aider à se préparer et à faire face à la crise du secteur financier, à évaluer leurs points faibles et à renforcer leurs cadres directeurs et réglementaires. La Banque mondiale répond actuellement à des demandes émanant d’environ 19 pays à revenu intermédiaire ou faible. L'IFC fournira des services-conseil aux institutions financières pour renforcer leur capacité à surmonter la crise et à conforter leur position financière. La Société appuiera des programmes d’octroi de financements à court terme (notamment des crédits commerciaux) au secteur réel. L'IFC et la Banque mondiale fourniront des capitaux aux systèmes bancaires vulnérables — directement, dans le cas de l'IFC, ou indirectement par le biais d'opérations à l'appui de politiques de développement soutenant les programmes gouvernementaux de recapitalisation des banques, dans le cas de la Banque mondiale, non seulement pendant la crise même mais aussi après celle-ci, quand les effets secondaires se feront sentir.

L'IFC propose également d’accroître sensiblement ses interventions axées sur le financement du commerce et de mobiliser des ressources pour un fonds de recapitalisation (voir l’encadré). Ce fonds recevrait des contributions de l'IFC et d'autres bailleurs, qui permettraient de recapitaliser les banques en difficulté dont les problèmes pourraient avoir un impact systémique. Des discussions préliminaires ont déjà eu lieu avec des partenaires éventuels, notamment des gouvernements nationaux, d'autres institutions financières internationales et des banques commerciales.

Initiatives de l'IFC face à la crise

Élargissement du Programme de financement du commerce de l'IFC

L'IFC a déjà accru son appui au Programme de financement du commerce mondial pour en porter le montant à 1,5 milliard de dollars et prévoit maintenant de doubler ce chiffre pour l'établir à 3,0 milliards de dollars. Les garanties émises dans le cadre de ce programme auront une durée moyenne de six mois et fourniront ainsi un appui à hauteur de 18 milliards de dollars aux crédits commerciaux à court terme au cours des trois prochaines années. Le mécanisme élargi profitera aux banques participantes basées dans 66 pays, dont certains comptent parmi les 78 pays les plus pauvres du monde. Le programme offre aux banques des garanties partielles ou totales pour couvrir le risque de remboursement associé aux transactions commerciales. L'IFC envisage également de fournir un appui au commerce sous forme de mécanismes d'appui d'urgence à court terme qui permettraient de monter des opérations de partage des risques avec d'autres institutions financières en faveur de secteurs et de pays déterminés.

Le Fonds de recapitalisation des banques

L'IFC a l'intention de lancer un fonds de participation mondial pour recapitaliser les banques en difficulté parce que de nouvelles faillites bancaires auraient pour effet de compromettre encore plus l'activité économique et, partant, d'aggraver la pauvreté dans les pays en développement. Des contacts préliminaires ont été pris avec d'éventuels partenaires, parmi lesquels des gouvernements nationaux, d'autres IFI et des banques commerciales. L'IFC compte investir un milliard de dollars sur trois ans, montant auquel devraient s'ajouter au moins deux milliards de dollars fournis par d'autres investisseurs.

Le Mécanisme d'appui à l'infrastructure en situation de crise

La baisse de la demande et la contraction du crédit exercent des pressions sur les projets d'infrastructure en cours et compromettent les plans de développement de l'infrastructure dans de nombreux pays. Un nouveau mécanisme de l'IFC fournirait des financements à court terme aux projets d'infrastructure en période de crise. Il pourrait consentir des financements reconductibles et contribuer à la recapitalisation des projets d'infrastructure existants, viables et financés par des capitaux privés qui se heurtent à de graves difficultés financières. Le mécanisme pourrait aussi temporairement accorder des financements pour remplacer les financements commerciaux que ne peuvent obtenir les nouveaux projets d'infrastructure. Les prêts aux projets existants auraient une échéance de trois à six ans ; les financements accordés au titre des nouveaux projets devraient, quant à eux, être refinancés auprès d'entités commerciales après une période similaire. L'IFC compte investir au moins 300 millions de dollars sur trois ans et mobiliser entre 1,5 et 10 milliards de dollars auprès d'autres sources. Ce mécanisme apportera des ressources qui viendront compléter les financements accordés au secteur public par le biais de la BIRD et de l'IDA.

Les Services-conseil de l'IFC

Face aux besoins grandissants de ses clients, l'IFC a entrepris de réorienter et de renforcer ses programmes de services-conseil- services bancaires destinés aux PME, crédit-bail, microfinancement, logement, politique et promotion de l'investissement, et exploitation et réglementation des entreprises - pour aider ses clients à traverser la crise actuelle. La Société a également entrepris de formuler de nouveaux programmes de riposte à la crise dans les domaines de la gestion des risques, de la restructuration des portefeuilles de prêts et des cas de faillite /d'insolvabilité. Selon les estimations de l'IFC, le besoin de financement pour les trois prochaines années est d'au moins 40 millions de dollars.

L’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA), qui est l’institution du Groupe de la Banque mondiale chargée de fournir des assurances contre le risque politique, appuie les secteurs financiers des pays en développement en proposant des garanties aux banques étrangères pour les encourager à injecter sur ces marchés les liquidités dont ils ont tant besoin. L’appui que la MIGA prévoit de fournir pour des projets de ce type en Ukraine et en Russie devrait conforter la confiance dans le système financier de ces pays. Des garanties similaires devraient être accordées en Europe de l’Est et en Afrique.

La BIRD et l'IDA peuvent apporter un appui complémentaire à ces initiatives de recapitalisation et de réorganisation des entreprises [8]. Cet appui sera généralement accordé essentiellement par le biais d'opérations d'appui aux politiques de développement, dans le cadre de programmes de réformes déterminées de la réglementation et de la gouvernance du secteur financier/réel.

Un nouvel ordre du jour pour la formulation des politiques du secteur financier

La crise financière témoigne de la nécessité de réévaluer certains principes et pratiques concernant la formulation des politiques pour le secteur financier, et pourrait se traduire par l'apport d'importantes modifications à la structure et la supervision des systèmes financiers dans le monde entier. L'ordre du jour à venir comportera probablement les points suivants :

Deposit insurance or guarantees may in some cases be needed, but should be designed carefully. Si des systèmes de garantie ou d'assurance des dépôts peuvent être nécessaires dans certains cas, il importera de les concevoir avec grand soin. Pour éviter des sorties de capitaux ou le transfert des dépôts dans des banques d'État, jugées plus sûres, les pays en développement pourraient devoir se doter de mécanismes de garantie des dépôts dans le système bancaire. Ces mécanismes devront être soigneusement conçus car la crédibilité des systèmes de garantie et d'assurance des dépôts dépend de la disponibilité d'importantes ressources budgétaires, et ils peuvent créer des incitations à contracter des emprunts excessifs. L'impact à long terme de mesures de court terme doit être soigneusement examiné. La poursuite d'une action coordonnée au plan international en vue de l'adoption de mesures pour empêcher le transfert des dépôts vers des pays offrant des systèmes d'assurance plus généreux, contribuera à éviter toute concurrence en ce domaine.

Les autorités nationales devront trouver le moyen de concilier la stabilité et l'innovation financières. Elles devront aider les systèmes bancaires de leurs pays respectifs à réduire le volume de leurs engagements et à recapitaliser leurs institutions tout en réduisant l'impact exercé sur l'économie réelle. Il leur faudra peut-être injecter des liquidités supplémentaires dans leur système et prendre des participations au capital d'institutions financières. Étant donné les piètres résultats affichés par les institutions financières du secteur public et les opérations de prêts dirigés dans la plupart des pays, il importe que les pouvoirs publics résistent à la tentation d'assumer la gestion des institutions financières ou d'adopter des mesures pour orienter leurs financements et qu'ils s'emploient, plutôt, à fournir des incitations adéquates et un cadre réglementaire permettant aux institutions privées de procéder à des opérations de financement plus viables. Les responsables de l'action publique devront parvenir à concilier le maintien de la stabilité financière et la promotion de l'innovation financière, qui est essentielle pour de nombreux pays en développement dotés de circuits d'intermédiation financière peu développés et où l'accès aux services financiers est limité, en particulier pour les pauvres.

À long terme, les pays devront repenser leurs réglementations prudentielles pour réduire le plus possible le risque de crise à l'avenir. À long terme, les pays devront repenser leurs réglementations prudentielles pour réduire le plus possible le risque de crise à l'avenir. La crise actuelle a mis en relief un certain nombre de carences des approches actuelles de la réglementation du secteur financier, et notamment les difficultés soulevées par l'existence d'un cadre discrétionnaire fondé sur l'application de règles lorsqu'il s'agit de réguler l'activité efficacement sur l'ensemble du cycle conjoncturel - et en cas de bulle des prix des actifs. Elle a également mis en relief les risques plus importants auxquels sont confrontés les organes de réglementation par suite de l'intensification du processus d'intégration économique mondiale, qui crée de nouvelles courroies de transmission des crises financières. Les responsables de l'action publique devront aussi s'attaquer aux carences révélées par la crise au niveau de la gouvernance et de la gestion des risques des institutions financières.

Ces opérations de réforme des secteurs financier et privé s'appuieront sur des travaux d'analyse et certaines activités d'assistance technique appuyés par la Banque mondiale et l'IFC. L'objectif consiste à permettre aux secteurs financier et productif des pays en développement de sortir de la crise non seulement intacts mais renforcés.

c) Gérer les défis budgétaires

La crise financière mondiale posera des défis budgétaires majeurs pour les pays en développement. Au cours des prochains mois, les pays en développement seront confrontés à des pressions budgétaires de plus en plus importantes aussi bien du côté des dépenses (accroissement de la demande de protections sociales, recapitalisations, etc.) que du côté des recettes (par suite du ralentissement des exportations et de l'activité économique). Face à la contraction de la demande intérieure, il peut, dans certains cas, être souhaitable d'adopter un plan de relance budgétaire calibré. Toutefois, la pénurie de crédit et l'aversion totale au risque ont déjà pour effet de réduire la mesure dans laquelle des pays autrefois en mesure d'obtenir des capitaux sur le marché peuvent satisfaire à leurs besoins de financement bruts (reconduction de la dette amortie et financement des besoins d'emprunt nets).

Le Groupe de la Banque mondiale peut jouer un rôle crucial en veillant à ce que l'ajustement budgétaire tienne compte des pauvres et de la nécessité d'investir dans la relance. Dans le cadre de l'ajustement des budgets des pays en développement à une nouvelle réalité budgétaire, il faudra prendre garde à dûment protéger les investissements à long terme dans l'infrastructure et le développement social et à éviter des compressions inutiles de dépenses publiques essentielles. Les opérations à l'appui des politiques de développement appuyées par la BIRD et par l'IDA aideront les pays partenaires à financer leurs déficits et à adapter leurs politiques de dépenses et de recettes de manière à prendre en compte les priorités et les pressions engendrées par la crise. Ces activités seront coordonnées avec le FMI et d’autres partenaires.

Ces opérations s'appuieront sur une analyse approfondie des dépenses publiques. Ces travaux d'analyse seront menés conjointement par la BIRD/l’IDA, les gouvernements des pays en développement et d'autres partenaires. Ils s’appuieront sur les stratégies de réduction de la pauvreté et autres plans de développement nationaux pour tenter de déterminer comment concilier les pressions budgétaires et les priorités de développement. Ces travaux seront accompagnés d'une assistance technique ayant pour objet de renforcer la gestion, la transparence et la responsabilisation dans le domaine des finances publiques et d’empêcher que des ressources rares ne soient perdues par suite d'actes de corruption et de trafic d'influence.

d) Assurer le développement à long terme

Les enseignements tirés des crises antérieures font ressortir l'importance du maintien des investissements dans le développement à long terme. Le seul moyen de remédier à la perte de revenus subie par les groupes de populations pauvres par suite de la crise économique mondiale consistera à relancer l'expansion économique. Les gouvernements des pays en développement et leurs partenaires de développement devront concilier l'apport d'une riposte immédiate à la crise et la nécessité impérative de rétablir une croissance économique de haute qualité à plus long terme et de recommencer à progresser en direction des objectifs de développement pour le Millénaire. Si la reprise exclut les pauvres, où tourne court par suite de réformes structurelles inadéquates, elle n'aura pas les effets escomptés.

L'un des rôles principaux que devra jouer le Groupe de la Banque mondiale au cours des prochaines années consistera à aider les pays en développement à atténuer dans toute la mesure du possible les perturbations pouvant compromettre les projets et les programmes de développement en cours. Il s'agira, notamment, d’aider les gouvernements à établir l'ordre de priorité des emplois auxquels peuvent être affectées leurs ressources limitées et d’assurer le maintien des financements extérieurs au titre des projets et programmes de développement en cours et prévus qui donnent ou donneront de bons résultats. Les investissements dans la protection sociale et les recapitalisations induits par la crise et les ajustements effectués à l'issue de cette dernière devront venir s'ajouter à la gamme intégrale des projets et programmes entrepris. De fait, étant donné les pressions qui s'exercent sur les ressources nationales, la BIRD, l'IDA et l'IFC devront dans certains cas appuyer des projets et programmes supplémentaires dans l'infrastructure et la valorisation des ressources humaines.

La crise financière qui déferle sur le monde aura des répercussions majeures sur les programmes d’expansion de l'infrastructure des pays en développement. L'infrastructure reste un domaine prioritaire des efforts menés pour lutter contre les carences au plan du développement, que ce soit au niveau de la prestation de services de base ou de la réduction des obstacles au commerce et à la compétitivité. La crise financière mettra certains projets dans une situation financière difficile et perturbera largement les programmes établis par les pays pour faire face à l’insuffisance de leurs infrastructures. Les difficultés financières rencontrés par les projets d'infrastructure en cours auront probablement pour cause : i) l'insuffisance des liquidités disponibles faute de pouvoir reconduire les financements obtenus sur le marché, qui peuvent ne pas avoir une échéance compatible avec la périodicité des flux de trésorerie sous-jacents, ii) la baisse de la demande qui aura probablement moins d'impact sur les projets structurés qui reposent essentiellement sur des marchés, ou encore iii) l'impossibilité pour les pouvoirs publics/exploitants/fournisseurs d’honorer les contrats conclus au titre de projets structurés. Dans les deux premiers cas, les problèmes pourraient être en partie résolus par l’octroi de refinancements par une IFI ou le secteur public ou par l'établissement de mécanismes de recapitalisation. L'IFC propose de mettre en place un mécanisme de financement à court et moyen terme au titre de l'infrastructure et de mobiliser des ressources à cet effet auprès d'autres IFI et des pays bailleurs de fonds.

Les financements effectués pour faire face à la crise doivent venir s'ajouter aux financements prévus pour que le développement à long terme puisse repartir sur de bonnes bases. Si les dépenses effectuées face à la crise ont pour effet de réduire les investissements à plus long terme dans le capital physique et dans le capital humain, des dizaines d'années seront perdues dans la poursuite du développement et la réalisation des ODM sera remise à bien plus tard que 2015.

IV. Implications financières pour le Groupe de la Banque mondiale

Le Groupe de la Banque mondiale, dans son ensemble, est bien placé sur le plan financier pour faire face à la crise financière mondiale et pour accroître considérablement son appui financier à ses clients.

La BIRD a un niveau élevé de fonds propres et est en mesure de prendre de nouveaux engagements à hauteur de 100 milliards de dollars pour les trois prochaines années, et aussi de tripler le montant de ses engagements cette année pour les porter à plus de 35 millions de dollars.

L’IDA, qui a bénéficié d’une quinzième reconstitution de ses ressources d’un niveau sans précédent, est bien placée pour aider les pays à faire face à l'impact de la crise financière mondiale ; elle peut engager un montant total de près de 42 milliards de dollars sur les trois années à venir, et elle a la marge de manœuvre voulue pour décaisser une grande partie de ces ressources au début de la période,

Outre l'appui que fournit la Banque mondiale au secteur privé, quatre nouveaux mécanismes de l'IFC qui concernent, respectivement, la recapitalisation des banques, le financement de l'infrastructure, la facilitation du commerce et le recentrage du programme des services-conseil, pourraient, conjointement aux ressources mobilisées auprès d'autres entités, générer un montant total de plus de 30 milliards de dollars sur les trois prochaines années.

La MIGA peut également fournir les liquidités dont ont tant besoin les marchés bancaires des pays en développement. Pour pouvoir accroître l'envergure de ses activités, la MIGA poursuivra les discussions engagées avec ses actionnaires sur la modification de sa Convention et de son Règlement opérationnel.

Par le biais de ces instruments ainsi que d'autres, tels que l’Initiative pour mettre l'énergie au service des pauvres et le Programme d'intervention en réponse à la crise alimentaire mondiale, le Groupe de la Banque mondiale peut contribuer à protéger les plus pauvres et les plus vulnérables d'une dégradation immédiate et à plus long terme de leur situation, fournir un appui aux secteurs financier et privé durement frappés par la crise, aider les pays à gérer leurs problèmes budgétaires, et jeter les fondations d'une reprise et d’un développement à long terme.

Les besoins sont énormes. Ces mécanismes et instruments ont été conçus précisément pour servir les intérêts des pays en développement et des bailleurs de fonds. Nous implorons ces derniers non seulement d'honorer les engagements qu'ils ont déjà pris au titre de l'aide, mais aussi de compléter leur aide par l’apport de ressources sous forme de cofinancements, de dons, de prêts et de prises de participation. Grâce à la conception prudente de ses instruments et de son appui technique et analytique, et grâce au pouvoir de mobilisation qu'il possède, le Groupe de la Banque mondiale peut travailler en partenariat avec d'autres entités, jouer un rôle de catalyseur en attirant des investissements d'autres partenaires publics et privés et contribuer à forger un nouveau multilatéralisme pour le XXIe siècle.


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[1]Un examen plus détaillé de la question est présenté dans la Note d’information intitulée « Global Financial Crisis and Implications for Developing Countries » préparée par la Banque mondiale en vue de la réunion des ministres des Finances du G-20 tenue à São Paulo (Brésil) le 8 novembre 2008.

[2] L’examen des perspectives mondiales est basé sur le rapport de la Banque mondiale intitulé « Global Economic Prospects: Commodities at the Crossroads » qui sera diffusé par l’institution le 9 décembre 2008.

[3] Le spread interbancaire correspond à la différence entre le Libor à 3 mois et le taux directeur. Données à la fin d’octobre 2008.

[4] Sur les 128 monnaies du monde entier dont l’évolution de la valeur est suivie au quotidien par la Banque mondiale, seule la monnaie du Japon s'est appréciée de plus de 1 % par rapport au dollar depuis le 15 septembre.

[5] La valeur en dollar des États-Unis des bourses des pays en développement a chuté de 29 % entre le 15 septembre et le 31 octobre 2008.

[6]Voir « Crunch Time in the Developing World Too? Policy options for dealing with the potential poverty and distributional impact of the financial crisis », Banque mondiale, novembre 2008.

[7] Voir « A Case for Building up Safety-Nets », note d’information de la Banque mondiale, novembre 2008.

[8] L’appui de l’IDA à ces initiatives de restructuration devrait être plus limité puisque, comme indiqué dans la Section II, les pays IDA ç faible revenu seront plus probablement touchés essentiellement par des mécanismes indirects comme la contraction de la demande, la baisse des prix des produits de base et la réduction des ennvois de fonds de l’étranger.

   

Banque mondiale: siège pour l'Afrique subsaharienne

Washington - 13 octobre 2008 - L'Afrique subsaharienne va obtenir un siège au Conseil d'administration de la Banque mondiale (BM), selon une décision prise dimanche lors des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI). Cette mesure doit entrer en vigueur au printemps 2011.

"Un siège additionnel va être créé pour l'Afrique subsaharienne au Conseil d'administration de la Banque mondiale", indique le communiqué publié à l'issue de la réunion du Comité de développement, qui réunit les instances de la Banque mondiale et du FMI.

"Les droits de vote des pays en développement et en transition au sein de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et l'Association internationale pour le développement (IDA) vont augmenter en donnant un accent particulier aux membres les plus petits", ajoute aussi cette même source.

La BIRD et l'IDA sont les deux composantes principales de la Banque mondiale.

Les propositions pour la réforme des droits de vote devront être présentées au plus tard lors des réunions annuelles de la BM et du FMI en octobre 2010 pour entrer en application au printemps 2011. "Les changements proposés pour le Conseil d'administration de la Banque sont des pas de nains alors que nous avions besoin de pas de géants", a affirmé dimanche l'organisation non gouvernementale Oxfam.

"Alors que l'Europe obtient un tiers du gâteau, les pays en développement n'ont que des miettes. Les pauvres doivent avoir autant de voix que les riches", a affirmé Marita Hutjes, porte-parole d'Oxfam.

"Sur 24 membres du Conseil d'administration, l'Afrique n'a que deux sièges et n'en obtient qu'un seul de plus. Ce n'est pas la réforme ambitieuse dont a besoin cette institution pour entrer dans le XXIe siècle. La deuxième phase de cette réforme doit commencer immédiatement", a-t-elle ajouté.

   
L'épidémie de VIH reste la principale cause de décès prématuré en Afrique

Le 14 mai 2008 – L'épidémie demeurera pour autant qu'on puisse prévoir un problème économique, social et humain sans précédent en Afrique subsaharienne. C'est ce qu'indique la Banque mondiale dans sa nouvelle stratégie de lutte contre le VIH/SIDA en Afrique annoncée mercredi après-midi. Elle remarque également que les pays africains doivent redoubler d'efforts pour ralentir et infléchir la tendance à la hausse des infections à VIH. Selon le nouveau rapport —  Notre engagement : le programme d'action 2007-2011 de la Banque mondiale pour la lutte contre le VIH/SIDA en Afrique  (PDF) —  la région reste l'épicentre mondial de la maladie. Pour chaque Africain infecté qui entame un traitement antirétroviral, quatre à six autres sont contaminés, bien que les chiffres régionaux indiquent un recul de la prévalence dans des pays comme le Kenya et dans certaines régions du Botswana, de la Côte d'Ivoire, du Malawi et du Zimbabwe*. Quelque 22,5 millions d'Africains sont séropositifs et le SIDA est la principale cause de décès prématuré sur le continent, notamment parmi les jeunes en âge de travailler, hommes et femmes. En Afrique australe, certaines entreprises privées recrutent deux personnes par poste au cas où la maladie ferait des victimes parmi leurs employés.

Le développement de l'Afrique est une priorité stratégique.
Les mauvais résultats du secteur de l’agriculture constituent l’un des principaux freins au développement de l’Afrique. Ce secteur revêt une importance de premier plan pour la région du fait qu’il représente une part notable du produit intérieur brut (PIB) et de l’emploi. Sa mauvaise performance tient à différents problèmes qui sont particuliers à l’agriculture africaine et font de son développement un enjeucomplexe. La mauvaise gouvernance et les conflits qui sévissent dans plusieurs pays ne fontque compliquer la situation. L’IEG a mesuré l’efficacité de l’aide apportée par la Banque mondiale en vue de résoudre les obstacles au développement agricole en Afrique entre les exercices91 et 06 dans le cadre d’une étude pilote préalable à une évaluation plus générale de l’assistance qu’elle fournit à l’agriculture à l’échelle mondiale. La conclusion essentielle de l’étude est que le secteur agricole a été été
négligé tant par les gouvernements que par la communauté des bailleurs de fonds, Banque mondiale comprise. La stratégie de la Banque pour l’agriculture a progressivement été intégrée à un objectif rural de plus grande envergure où elle est passée au second plan. Les compétences techniques nécessaires à l’appui du développement agricole se sont en conséquence amenuisées au fil du temps, phénomène qui a lui-même entretenu cette situation.
L’aide modérée – et, jusque récemment, en repli – apportée par la Banque mondiale pour remédier aux problèmes de l’agriculture n’a pas été utilisée de manière stratégique pour satisfaire aux besoins divers d’un secteur qui appelle des interventions coordonnées dans divers domaines.Les prêts consentis par la Banque ont été « dispersés » entre différentes activités agricoles, telles que la recherche, la vulgarisation, le crédit, les semences et les réformes de l’espace rural, mais sans guère tirer parti de leurs synergies éventuelles pour favoriser valablement le développement agricole. En conséquence, malgré la réussite comparative affichée dans certains domaines, comme la recherche, les résultats ont été limités en raison des liens ténus avec la vulgarisation et de la disponibilité insuffisante d’intrants complémentaires et critiques tels que les engrais et l’eau. La Banque mondiale n’est donc pas parvenue véritablement au développement de l’agriculture africaine.

Synthèse
L’Afrique subsaharienne est une région très complexe composée de 47 pays ayant connu sept histoires coloniales distinctes. Elle est également très diversifiée puisqu’elle compte 700 millions d’habitants issus d’au moins un millier de groupes ethniques. Le développement de l’Afrique est une priorité stratégique. Le continent compte quelques-uns des pays les plus pauvres au monde. Au cours des vingt dernières années, le nombre de pauvres y a doublé pour atteindre 300 millions — soit plus de 40 % de la population totale. L’Afrique accuse un retard dans la réalisation de la plupart des objectifs de développement pour le Millénaire (ODM) et a peu de chances de les atteindre d’ici à 2015.

Les problèmes de l’agriculture africaine

La production agricole africaine a progressé, mais il est difficile de calculer un taux qui rende réellement compte de cette progression à l’échelle de la région pour la période couverte par l’étude, en raison des disparités importantes entre les pays et des variations dans le temps.
Dans certains pays, comme le Gabon, les résultats médiocres enregistrés entre 1990 et 2000 se sont redressés entre 2000 et 2004.
D’autres, comme le Malawi, ont connu une évolution inverse. La mutation a souvent été spectaculaire, ce qui fait que les taux de croissance agrégés sont trompeurs. En Angola, par exemple, l’agriculture a progressé de 13,7 % par an entre 2000 et 2004, alors qu’elle avait reculé de 1,4 % par an entre 1990 et 2000. Un quart seulement des pays de la région, dont le Bénin, le Burkina Faso, le Ghana, le Nigéria et la Tanzanie, affichent une croissance agricole régulière de plus de 3 % pour la période comprise entre 1990 et 2004. Les cultures vivrières constituent l’essentiel de la production agricole totale de l’Afrique. Les cultures d’exportation en représentent moins de 10 %. Si certaines cultures d’exportation, dont le coton, ont concouru à l’allègement de la pauvreté dans des pays tels que le Burkina Faso, le rendement des cultures vivrières a été médiocre presque partout. Même pendant la période comprise entre 2003 et 2005, les rendements céréaliers de l’Afrique ont été inférieurs de plus de moitié à ceux de l’Asie du Sud et d’un tiers à ceux de l’Amérique latine. L’Afrique est également en retard par rapport à d’autres régions en termes de pourcentage de terres agricoles irriguées, d’utilisation d’engrais, et de productivité du travail et de la terre par travailleur.
Alors que les progrès remarquables de la production agricole de l’Asie du Sud entre 1961 et 2001 ont essentiellement été dus à la hausse des rendements, l’augmentation de la production alimentaire en Afrique a principalement tenu à l’expansion des terres cultivées. Pendant ce temps, les rendements agricoles ont stagné. En 1973, l’Afrique est devenue importatrice nette de produits alimentaires. Par la suite, la production alimentaire n’a pu s’adapter à la flambée démographique, et les importations ont rapidement augmenté. Dans le même temps ses exportations, essentiellement composées de produits agricoles, ont fléchi ; sa part du marché mondial pour plusieurs produits de base, dont le café, s’est volatilisée. Les subventions agricoles des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont puissamment contribué à maintenir le prix de plusieurs de ces produits à un bas niveau ce qui, entre autres facteurs, a pénalisé la rémunération des agriculteurs.
En Afrique, l’agriculture est principalement une activité familiale. La majorité des agriculteurs sont de petits exploitants qui possèdent entre 0,5 et 2 hectares de terre, selon les facteurs socioculturels. Les femmes constituent environ 50 % de la main d’oeuvre et produisent l’essentiel des cultures vivrières consommées par la famille. Les terres agricoles se répartissent entre plusieurs zones agroécologiques qui couvrent différents pays. La pauvreté des sols, la forte variabilité des précipitations et la fréquence élevée des sécheresses en sont les principales caractéristiques.
L’infrastructure de transport est insuffisante, l’accès à l’irrigation limité et, en cas d’agriculture pluviale, l’insécurité alimentaire chronique est une réalité pour des millions de petits agriculteurs. Pour survivre dans cet environnement hostile, la plupart des agriculteurs ont recours à des stratégies d’adaptation diversifiées. Pour être certains d’obtenir un minimum de produits de leur terre, ils plantent habituellement plusieurs variétés végétales (une dizaine au moins en général) ayant des cycles de maturation différents, ainsi que des arbres. Le bétail est aussi pour eux une source importante de sécurité, surtout en période difficile. L’accès au crédit du petit exploitant type est aussi extrêmement restreint. Les cultures rustiques, comme le millet, le sorgho, le manioc et d’autres plantes à racines, sont plus importantes que des céréales telles que le riz et le blé, qui ont été à la base de la Révolution verte en Asie.
Dans ce contexte, pour inciter les agriculteurs à pratiquer une agriculture intensive et à prendre le risque de semer de nouvelles variétés, plusieurs facteurs doivent être réunis, ou tout du moins s’enchaîner de manière optimale, à savoir l’accès à des semences des semences améliorées, à l’eau, à des crédits et aux marchés ; de judicieux conseils de vulgarisation ; et des rendements suffisants, en l’absence de distorsion des prix des intrants et des extrants. Une stratégie de développement de l’agriculture en Afrique doit tenir compte de chacun de ces facteurs dans le cadre des particularités propres au continent et des situations locales spécifiques.

L’agriculture africaine :Approches antérieures
Jusque très récemment, le développement agricole de l’Afrique a été négligé tant par les autorités nationales que par les bailleurs de fonds. Dans les années 60, tout de suite après l’indépendance, les gouvernements de plusieurs pays africains voyaient avant tout dans l’agriculture un moyen de produire des ressources pour l’industrialisation. Plus tard, dans les années 70, la Banque mondiale a été la première à adopter pour le continent un modèle de développement plus large, qui s’inscrivait dans l’évolution plus générale de la théorie du développement. L’institution a ainsi adhéré au développement rural intégré pour s’attaquer de front à la pauvreté et au sous-développement ruraux en Afrique. Au milieu des années 80, alors que les pays africains étaient confrontés à de graves crises budgétaires, les bailleurs de fonds ont donné priorité à l’allocation plus efficiente des ressources et ont appelé à des réformes du système de commercialisation des produits agricoles. Les réformes structurelles n’ont cependant pas permis de produire les résultats souhaités en termes de croissance.

Le rôle de l’aide
Entre 1981 et 2001, l’aide bilatérale et multilatérale au développement de l’agriculture africaine a diminué, passant de 1 921 millions de dollars à 997 millions de dollars (en dollars de 2001).
Les prêts émanant de ces deux sources ont augmenté depuis lors suite au recentrage des priorités sur le développement de l’Afrique. Les données de l’OCDE montrent que si la contribution globale des bailleurs de fonds bilatéraux a été comparativement supérieure, la Banque
mondiale a été le principal donateur à l’agriculture africaine entre 1990 et 2005, les plus gros bailleurs de fonds bilatéraux étant les États Unis et le Japon.
Les apports de capitaux étrangers privés sont modestes en comparaison aux apports bilatéraux et multilatéraux (Hazell et von Braun 2006).
L’investissement commercial privé dans l’agriculture africaine s’est en grande partie cantonné aux cultures d’exportations et aux zones présentant un meilleur potentiel. Plusieurs entreprises semencières internationales ont investi dans la multiplication de semences de maïs et, en septembre 2006, la fondation Rockefeller et la Fondation Bill et Melinda Gates ont donné le coup d’envoi à un nouveau partenariat pour aider l’Afrique à développer son agriculture.

Le potentiel de l’agriculture et la stratégie de la Banque mondiale
Pour que l’Afrique atteigne les ODM, il faudra réaliser le potentiel du secteur agricole et prêter l’assistance nécessaire pour que celui-ci concoure à la croissance et à la lutte contre la pauvreté. Les études de Dorosh et Haggblade (2003) et de l’IFPRI (2006a) ont constaté que les investissements dans l’agriculture sont généralement plus bénéfiques aux pauvres que des investissements équivalents dans l’industrie manufacturière.
La Banque mondiale n’a pas adopté de stratégie particulière pour l’agriculture en Afrique, si ce n’est dans le cadre de ses stratégies globales de développement rural et, avec le temps, sa stratégie agricole a été intégrée à un projet rural de plus grande ampleur. Plus récemment, toutefois, le Plan d’action pour l’Afrique a pris le potentiel de croissance du secteur agricole en considération.

L’assistance globale de la Banque mondiale et son évaluation
Entre les exercices 91 et 06, la Banque mondiale a consenti aux pays de la région Afrique des prêts à l’investissement (par opposition aux prêts d’ajustement) dans l’agriculture d’un montant de 2,8 milliards de dollars, soit 8 % du montant total des prêts à l’investissement qu’elle a accordés à la région. Une part substantielle de ces prêts a revêtu la forme de composantes agricoles de projets ruraux. La Banque a par
ailleurs approuvé 77 prêts à l’appui des politiques de développement comportant un volet agricole. Dans 18 d’entre eux, l’agriculture était une composante appréciable.
Ces prêts limités à l’investissement ont obtenu des résultats insuffisants. Selon les données du GIE, le pourcentage de projets d’investissement essentiellement agricoles dont les résultats ont été jugés satisfaisants entre 1991 et 2006 (60 %) est inférieur à celui des projets d’investissement non agricoles dans la région (65 %). Il est aussi inférieur à celui de projets d’investissements similaires dans d’autres régions de la Banque mondiale, dont 73 % ont affiché des résultats satisfaisants. Leurs notes de viabilité ont également été inférieures à la moyenne. Bien que d’autres analyses s’imposent, l’étude a observé que les projets à forte composante agricole conduits dans les pays où les conditions sont moins propices à l’agriculture ont enregistré de meilleurs résultats que des projets analogues exécutés dans des pays où les conditions sont plus favorables.
Pour appuyer le développement agricole en Afrique, la Banque mondiale a axé ses opérations sur les prêts, les études analytiques et les activités de conseil. Jusque très récemment, les études analytiques – nécessaires au diagnostic des problèmes et à la définition d’interventions, ainsi qu’à la formulation de conseils stratégiques et aux opérations de prêt – étaient rares, dispersées, de qualité variable et peu accessibles. L’IEG a en outre constaté qu’il n’existait pas de procédures particulières pour vérifier que les dialogues avec les autorités et les négociations de prêts prennent systématiquement en compte les conclusions de ces études.
L’IEG a observé que les prêts accordés par la Banque mondiale ne tenaient pas compte de l’interdépendance des activités agricoles. Au contraire, ils ont été répartis sur un éventail d’opérations portant sur le secteur rural, notamment la recherche, la vulgarisation, la réforme de la commercialisation, la lutte contre la sécheresse, le développement de semences et les transports, mais ont fait peu de cas des liens
qui les unissent et de la nécessité de développer ces domaines simultanément, ou tout du moins selon un enchaînement optimal, pour favoriser efficacement le développement agricole. Si, à compter du milieu des années 80, la stratégie rurale plus globale de la Banque se justifiait, elle a eu pour conséquence imprévue de faire perdre de vue la nécessité de conduire certaines activités essentielles au développement de l’agriculture dans l’espace rural simultanément ou selon un agencement optimal.
L’examen de l’IEG a constaté qu’aucun des dix premiers pays emprunteurs, dont la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, l’Ouganda et la Tanzanie, n’avait bénéficié d’une aide homogène et simultanée dans tous les sous-secteurs critiques.
Il ne s’agit pas de proposer que la Banque mondiale apporte seule ce type d’assistance (un partenariat serait selon toute probabilité plus efficace), mais on pourrait s’attendre à ce qu’elle prenne l’initiative d’encourager une démarche pluridimensionnelle de cette nature, fondée sur son avantage comparatif en tant qu’institution de prêt multisectorielle.

Les résultats par domaines
Une évaluation des réussites et des lacunes de l’aide apportée par la Banque mondiale dans chaque grand domaine dévoile un bilan mitigé:
Diversité agroécologique. L’assistance de la Banque mondiale a permis de renforcer la capacité des systèmes nationaux de recherche et
de mettre sur pied des stations dans les différentes zones pour orienter les études sur l’agroécologie. Il ne semble cependant pas que ses projets dans des domaines autres que la recherche aient systématiquement adapté les opérations aux spécificités agroécologiques
variées des différents pays. L’attrait essentiel des projets qui font appel à des stratégies com munautaires était leur aptitude à s’adapter aux
situations locales, mais rien ne permet d’affirmer que ces stratégies, telles qu’appliquées dans les projets conduits au Ghana et en Tanzanie, par exemple, soient capables de tenir compte de la diversité agroécologique.

Variabilité des précipitations et des sécheresses.
Les projets que la Banque mondiale avaient mené à terme à la fin de l’exercice 06 ont tenu compte des situations d’urgence créées par les
sécheresses, et ont aidé les autorités à établir des dispositifs de gestion des sécheresses. Ils n’ont cependant pas été en mesure d’aider des pays tels que le Malawi, par exemple, à élaborer une approche stratégique de long terme pour remédier aux causes fondamentales de l’insécurité alimentaire – autrement dit, à aider les pays à augmenter suffisamment leur productivité agricole afin de mettre un terme à la diminution des ressources alimentaires par habitant. À cet égard, si la Banque a concouru au développement de variétés améliorées de millet et de manioc au travers de son aide à la recherche, elle n’a pas su mesurer le rôle capital que le manioc peut jouer au service de la sécurité alimentaire dans la majorité des pays.
Faible fertilité des sols. La Banque mondiale a participé à plusieurs projets internationaux et régionaux dans ce domaine, notamment à
l’initiative régionale TerrAfrica, lancée en 2005. Ce partenariat pluridimensionnel est censé favoriser une approche collective à la gestion
durable des terres dans la région. Les opérations de prêt de la Banque semblent toutefois avoir abordé la fertilité des sols sous un angle écologique plutôt qu’en termes de productivité agricole.
Approvisionnement en eau. Bien que la Banque mondiale ait établi que des investissements dans l’irrigation s’imposaient, elle n’a consacré que très peu de prêts à cet objectif. Ses interventions à l’appui de la gestion de l’eau dans les zones non irriguées ont atteint des objectifs matériels mais, étant donné la médiocrité du suivi et de l’évaluation, il est difficile de définir ce qui a fonctionné ou pas. Semences améliorées. La Banque mondiale a participé au Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR), dont le concours dans ce domaine a été notable. Les projets qu’elle a conduits ont également offert la possibilité de tester les technologies et de les développer, comme en Éthiopie et au Togo. Cela étant, les opérations associées aux semences n’ont à ce stade apporté qu’une modeste contribution à l’augmentation de la production agricole. Les projets de la Banque mondiale n’ont pas non plus été en mesure de résoudre le problème de l’usage limité que les agriculteurs font des semences en raison de l’accès difficile aux intrants complémentaires. Accès des agriculteurs au crédit et à la finance rurale. Globalement, l’aide de la Banque mondiale dans ce domaine stratégique a été limitée. Outre l’insuffisance des capacités institutionnelles des pays clients, cette faiblesse s’explique par les mauvais résultats des projets dans ce domaine qui tiennent, entre autres, à l’application déficiente des directives de la Banque, surtout en ce qui concerne les critères de sélection des intermédiaires financiers et de leurs prestations. La Banque mondiale doit élaborer et superviser plus soigneusement ces opérations, et continuer d’examiner toutes les solutions envisageables pour définir au mieux comment donner aux agriculteurs les moyens dont ils ont besoin pour accroître leur productivité et leurs revenus.
Médiocrité de l’infrastructure de transports. Les interventions financées par la Banque mondiale dans le secteur agricole n’ont que faiblement concouru à l’amélioration de l’infrastructure de transport pour faciliter l’accès aux marchés et, partant, le développement de l’agriculture. Insuffisance des opérations de vulgarisation agricole. La Banque mondiale a sensibilisé les clients à l’importance de la vulgarisation pour le développement agricole. Elle appuie actuellement divers projets conduits en partenariat (partenariats public-privé ou déterminés par la demande, organisations non gouvernementales, etc.), en Ouganda par exemple. Il faudrait toute- fois systématiquement évaluer les coûts, l’efficacité et la viabilité de ces projets.
Réforme des prix et de la commercialisation. Bien que les résultats varient selon les pays, les
mesures appliquées par la Banque mondiale ont permis d’améliorer la conjoncture macroéconomique et la discipline budgétaire dans plusieurs pays. Ces réformes n’ont cependant pas suffi à stimuler l’investissement privé dans divers domaines stratégiques d’où le secteur privé s’est retiré. Par conséquent, la plupart des pays africains font face aux prix exorbitants des engrais, à la production insuffisante de semences, à un système de transports défectueux, et à l’accès limité au crédit. Si le processus de réformes n’a eu que peu de retombées favorables sur la production alimentaire, il a dynamisé la production de cultures d’exportation non traditionnelles, comme les mangues au Mali et les fleurs au Kenya. Au-delà de son action à l’échelle de chaque pays, la Banque est intervenue pour que le cycle de négociations de Doha serve véritablement le développement et a plaidé en faveur de la suppression des subventions à l’agriculture des pays de l’OCDE dans les instances internationales. Elle n’a toutefois obtenu que peu de résultats à ce jour.
Précarité du régime foncier. Les études analytiques réalisées ont permis de mieux appréhender les régimes de droits fonciers. Étant donné ses sensibilités politiques, sociales et culturelles, la Banque mondiale a cependant jugé difficile d’apporter une aide efficace dans ce domaine. En 2005, le Groupe de travail sur la faim du projet Objectifs du Millénaire a abouti à la conclusion que l’ODM consistant à diminuer la faim de moitié d’ici à 2015 était réalisable. Le développement de l’agriculture africaine est l’élément capital à la concrétisation de cet objectif. La Banque mondiale est en mesure d’y apporter un concours essentiel, puisqu’elle est l’une des sources majeures de financement du développement pour l’agriculture et peut conseiller les autorités quant aux mesures à adopter.
Conclusions essentielles quant aux facteurs de performance de la Banque mondiale et des pays

Les facteurs de performance de la Banque mondiale
• La stratégie de l’institution pour le développement du secteur agricole s’inscrit dans le cadre de sa stratégie rurale et, avec le temps, la place de l’agriculture dans cette stratégie a rétréci. En conséquence, les compétences techniques nécessaires pour oeuvrer valablement au développement agricole se sont peu à peu émoussées, phénomène qui a à son tour entretenu cette situation. Selon les chiffres communiqués par le Département des ressources humaines de la Banque mondiale, 17 experts techniques du Département de l’agriculture et du développement rural étaient chargés de l’Afrique subsaharienne en 2006, alors qu’ils étaient 40 en 1997.
• C’est essentiellement au travers d’études analytiques que la Banque définit l’état de développement
d’un pays et les priorités dans le secteur agricole. Jusque très récemment, ces études étaient peu nombreuses et difficilement accessibles. Qui plus est, leurs conclusions n’ont guidé ni le dialogue de la Banque avec les autorités des pays clients, ni l’élaboration
des programmes de prêt.
• Les conseils de la Banque semblent avoir fortement influencé l’orientation du développement agricole dans les pays africains, notamment ceux associés au programme d’ajustement. Les résultats n’ont toutefois pas été à la hauteur des attentes en raison, notamment, d’un appui politique insuffisant et d’une appréciation incomplète des réalités sur le terrain.
• Les systèmes de données de la Banque mondiale et l’aide au suivi et à l’évaluation n’ont pas permis d’éclairer de manière satisfaisante les opérations engagées par l’institution pour développer l’agriculture sur un large front en Afrique. Les systèmes de données actuels ne lui
permettent pas de suivre suffisamment en détail les montants alloués à la mise en place d’opérations spécifiques comme le développement des semences et le crédit. Le suivi et l’évaluation à l’échelon des projets n’ont guère permis de répondre aux questions fondamentales portant sur leurs résultats, leurs retombées et leur efficacité, pour savoir par exemple quels en ont été les bénéficiaires,
quelles cultures ont bénéficié d’une aide et selon quelles modalités, quelle a été leur rentabilité comparative, et à quels facteurs les progrès sont imputables.

Les facteurs nationaux
• Malgré les failles persistantes de la gouvernance dans plusieurs pays africains, l’engagement politique des pays clients envers le développement de l’agriculture semble plus ferme qu’auparavant. Les gouvernements africains, dont beaucoup allouaient moins de 1 % de leur budget à l’agriculture, ont convenu au Sommet de l’Union africaine, qui s’est tenu en juillet 2003, d’affecter au moins 10 % des ressources budgétaires nationales à des programmes destinés à favoriser la croissance agricole au cours des cinq prochaines années.
• La capacité de recherche agronomique existante est considérable, mais la viabilité des opérations soutenues par la Banque reste aléatoire. Dans l’ensemble, la capacité de l’administration publique de plusieurs pays demeure insuffisante, et les ministères de l’agriculture sont encore des partenaires relativement inefficaces pour favoriser le développement du secteur agricole. Bien que d’autres analyses s’imposent, l’étude a révélé que les projets à forte composante agricole exécutés dans les pays où les conditions sont moins propices à l’agriculture ont enregistré de meilleurs résultats que des projets analogues conduits dans des pays aux conditions plus favorables, ce qui semble indiquer que d’autres facteurs, tels que l’économie politique et la capacité nationale, font également obstacle au développement de l’agriculture en Afrique.

Recommandations
Pour appuyer utilement la mise en oeuvre du Plan d’action pour l’Afrique et l’objectif prioritaire de développement agricole qu’il s’est judicieusement fixé, l’IEG formule à l’intention de la Banque mondiale les recommandations suivantes :

1. Privilégier l’amélioration de la productivité agricole:
• Établir des objectifs réalistes en matière d’expansion de l’irrigation et prendre conscience de la nécessité d’augmenter la productivité de l’agriculture non irriguée par l’amélioration de la qualité des terres et par la gestion de l’eau et des sécheresses.
• Participer à l’élaboration de mécanismes efficients, dont des partenariats public-privé, pour fournir aux agriculteurs les intrants indispensables, notamment des engrais, de l’eau, des crédits et des semences.
• Appuyer le développement des infrastructures de commercialisation et de transport.

2. Améliorer ses études dans le domaine de l’agriculture:
• Augmenter la quantité et la qualité des études analytiques portant sur l’agriculture et veiller à ce que ses opérations de conseil et de prêt se fondent sur leurs conclusions.
• Appuyer les analyses des dépenses publiques de manière à évaluer les ressources disponibles pour l’agriculture et à définir ses propres priorités.
• Restaurer ses compétences techniques à partir d’une évaluation complète de ses lacunes actuelles.

3. Établir des indicateurs afin de mesurer les progrès:
• Perfectionner les systèmes de données pour mieux suivre les opérations qu’elle finance.
• Consolider le dispositif de suivi et d’évaluation pour rendre compte des activités conduites dans le cadre des projets dans diverses zones agroécologiques, et pour différentes cultures et catégories d’agriculteurs,
y compris les femmes.
• Mettre sur pied un système permettant de coordonner les opérations agricoles à l’échelle des pays en fonction de leur réseau routier, de la proximité des marchés et des conditions édaphiques.

 

Infections à VIH/SIDA en hausse en Afrique — L'épidémie reste la principale cause de décès et de recul du PIB dans la région, annonce la Banque mondiale

Communiqué de presse n°: 2008/312/HDN

Washington, 14 mai 2008 – Dans un nouveau rapport publié aujourd'hui, la Banque mondiale indique que les pays africains doivent poursuivre leurs efforts de lutte contre le VIH pour ralentir et infléchir la tendance à la hausse des infections à VIH et que le VIH/SIDA demeurera jusqu'à nouvel ordre un problème économique, social et humain sans précédent en Afrique subsaharienne. La région reste l'épicentre mondial de l'épidémie. Selon le nouveau rapport intitulé Notre engagement : le programme d'action 2007-2011 de la Banque mondiale pour la lutte contre le VIH/SIDA en Afrique , pour chaque Africain infecté qui entame un traitement antirétroviral, quatre à six autres sont contaminés, même si les chiffres régionaux indiquent un recul de la prévalence dans des pays comme le Kenya et dans certaines régions du Botswana, de la Côte d'Ivoire, du Malawi et du Zimbabwe. Quelque 22,5 millions d'Africains sont séropositifs et le SIDA est la principale cause de décès prématuré sur le continent, notamment parmi les jeunes en âge de travailler, hommes et femmes. En Afrique australe, certaines entreprises privées recrutent deux personnes par poste au cas où la maladie ferait des victimes parmi leurs employés. La nouvelle stratégie de la Banque prévoit de poursuivre le programme d'aide aux pays africains pour lutter contre l'épidémie, sachant que plus de 60 % des personnes séropositives en Afrique sont des femmes et que les jeunes filles ont six fois plus de chances de l'être que les jeunes gens. Selon les estimations, 11,4 millions d'enfants de moins de 18 ans ont perdu au moins un parent à cause de l'épidémie.

« Le SIDA étant la première cause de décès prématuré en Afrique, on ne peut envisager de développement durable sur le continent sans prendre l'engagement de poursuivre notre combat de longue haleine contre la maladie », a déclaré Elizabeth Lule, responsable de l'équipe de la campagne anti-SIDA pour l'Afrique (ACTa frica ) de la Banque mondiale , qui a mené d'amples consultations avec les pays africains, des personnes séropositives, les organismes partenaires des Nations Unies, des ONG, des entreprises privées et d'autres acteurs pour élaborer sa nouvelle stratégie de lutte contre le VIH/SIDA en Afrique. Depuis 2000, la Banque mondiale a mobilisé plus de 1,5 milliard de dollars en faveur de la lutte contre l'épidémie dans plus de 30 pays d'Afrique subsaharienne.

Mesures prévues à l'horizon 2011

Dans son programme d'action pour la lutte contre le VIH/SIDA en Afrique, la Banque prévoit d'abandonner son rôle initial de principal bailleur de fonds des programmes d'intervention d'urgence contre le VIH/SIDA à l'échelle mondiale en faveur d'une nouvelle stratégie qui s'articule autour de quatre objectifs, à savoir :

· Au niveau mondial, fournir des conseils aux pays sur les meilleurs moyens de maîtriser la complexité de l'aide financière internationale qu'ils reçoivent ;

· Au niveau local, aider les pays à accélérer la mise en œuvre de programmes de lutte contre le VIH/SIDA à long terme compatibles avec un développement durable ;

· Renforcer les capacités de suivi et d'évaluation des pays afin de surveiller l'utilité, l'efficacité et la transparence de leurs interventions contre le VIH/SIDA ; et

· Renforcer les systèmes de santé et de responsabilité fiduciaire.

La fusion des services de lutte contre le VIH/SIDA avec les services de santé procréative et maternelle, de nutrition et de lutte contre d'autres maladies telles que le paludisme et la tuberculose permettrait de combler une lacune persistante dans de nombreux programmes nationaux de lutte contre le VIH/SIDA. La « féminisation » de l'épidémie et ses liens avec l'hygiène sexuelle et de la procréation, ainsi que la fréquence des coïnfections avec la tuberculose (y compris les nouvelles souches multirésistantes) et d'autres maladies opportunistes, rehaussent l'importance de fournir des services de santé intégrés. Concrètement, la Banque s'engage à fournir aux pays qui en font la demande un montant total d'au moins 250 millions de dollars par an à l'appui des initiatives de lutte contre le VIH/SIDA, et à créer un fonds qui accordera 5 millions de dollars de subventions annuelles pour promouvoir le renforcement des capacités, les travaux d'analyse et l'inclusion d'un volet VIH/SIDA dans les projets menés dans des secteurs clés tels que la santé, l'éducation, le transport et la gestion du secteur public, entre autres.

« Après 25 ans d'efforts, il est temps d'appliquer les enseignements tirés de l'expérience et de transposer à plus grande échelle les initiatives concluantes. Par ce programme d'action, la Banque mondiale réaffirme son engagement de longue date à aider les pays partenaires à assurer …l'accès universel…aux services qui associent prévention, traitement, soins et soutien aux porteurs du VIH en intégrant la lutte contre le SIDA dans leurs programmes nationaux de développement, en intensifiant…les interventions et en renforçant les systèmes nationaux », a déclaré Peter Piot, Directeur exécutif du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA).

ONUSIDA est coparrainé par dix organismes : la Banque mondiale, l'Organisation internationale du Travail (OIT), le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), le Programme alimentaire mondial (PAM) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Le Programme d'action sera mis en œuvre dans le cadre de ce partenariat.

 

La population de l'Afrique subsaharienne devrait doubler d'ici à 2036

Le premier avril 2008 -- La population africaine augmente à un taux deux fois plus élevé que celui d'autres régions. Dans l'entretien suivant, John May,  démographe à la Banque mondiale, examine les effets de la croissance de la population sur le programme de développement de l'Afrique et la manière dont la Banque réagit  à cette situation.

Que signifie un accroissement rapide de la population ?

JM : La population subsaharienne augmente au taux de 2,5% par an, comparé à 1,2% en Amérique Latine et en Asie. À cette cadence, la population de l'Afrique doublerait en 28 ans. Cette augmentation accélérée de la population en Afrique est due au déclin rapide de la mortalité infanto-juvénile, alors que les niveaux de fécondité demeurent élevés et ne diminuent que lentement.

À l'heure actuelle, les femmes africaines donnent naissance à 5,5 enfants en moyenne au cours de leur vie, sauf en Afrique australe. Le principal problème est le décalage qui existe entre, d'un côté, le déclin de la mortalité infanto-juvénile et, de l'autre côté, le déclin de la fécondité. L'épidémie du SIDA, malgré tous les problèmes de développement qu'elle pose pour l'Afrique, ne changera pas fondamentalement l'équation démographique. Pour la première fois en l'espace d'environ deux décennies, la Division de la population de l'ONU estime que pas un seul pays africain ne connaîtra un taux d'accroissement négatif de la population en raison du VIH/SIDA. Cela est dû au fait que les programmes de lutte contre le VIH/SIDA obtiennent un certain nombre de résultats et que les estimations sur l'épidémie ont été recalculées à la baisse. Les succès demeurent cependant fragiles et ne devraient pas nous rendre complaisants.

Pourquoi la croissance rapide de la population est-elle un défi pour l'Afrique subsaharienne ?

JM : C'est un défi pour trois principales raisons. Tout d'abord, la croissance rapide de la population soumet les écosystèmes à dure épreuve. Un grand nombre de questions variées  comme la sécurité alimentaire, les droits fonciers, la dégradation environnementale et l'approvisionnement en eau s'inscrivent, en vérité, dans un contexte démographique. Les conflits civils sont également souvent causés par la pression que la population exerce sur des ressources rares. En second lieu, la croissance rapide de la population a un impact sur l'économie parce que les gouvernements doivent fournir des investissements en capital humain à leur population – en matière d'éducation, de santé, etc. Lorsque la population augmente trop rapidement, ces  investissements deviennent très difficiles à réaliser d'un point de vue logistique et financier. En outre, la croissance rapide de la population risque de ralentir l'augmentation des revenus par habitant. Par exemple, si votre économie augmente de 6% par an mais votre population de 3%, votre revenu par habitant n'augmentera que de 3%. Le troisième problème est lié à la santé des femmes et de leurs enfants, ainsi qu'au statut des femmes dans la société. Les grossesses à des âges trop jeunes, trop avancés ou trop souvent répétées ne conduisent pas à des résultats satisfaisants en matière de santé. Les femmes africaines avaient l'habitude d'espacer la naissance de leurs enfants en pratiquant l'abstinence et l'allaitement, mais ces facteurs s'érodent à cause de l'urbanisation et de nouveaux styles de vie, alors que la contraception moderne n'a pas encore remplacé ces méthodes traditionnelles d'espacement des naissances.

Pourquoi est-il si difficile de discuter de ces questions en Afrique ?

JM : Pendant longtemps, la perception que les dirigeants et les élites africaines ont eu de la croissance rapide de la population a été qu'elle ne posait pas de problème en raison de l'immensité de l'Afrique, de l'abondance des ressources, des densités de population relativement faibles et, plus récemment, de la menace que fait peser le VIH/SIDA. En outre, le fait que l'Afrique a souffert dans le passé de la traite des esclaves et de la colonisation, qui ont également eu d'importants impacts démographiques, a aussi joué un rôle dans la perception publique. Plus récemment, d'autres questions urgentes sont également apparues, comme les crises humanitaires, la bonne gouvernance et les préoccupations en matière de changement climatique ; et les questions relatives à la croissance rapide de la population ont été oubliées. La bonne nouvelle est que cela est en train de changer graduellement.

Pouvez-vous nous fournir quelques exemples de programmes démographiques et de leur fonctionnement ?

JM : Les données d'expérience recueillies en Asie et en Amérique latine indiquent que l'éducation féminine, les réformes juridiques et l'accès aux services de planning familial  provoquent des changements dans de nombreux pays. Les programmes de planning familial ont, à eux seuls, pu réduire la fécondité d'environ un enfant par femme. Le développement économique et social est, naturellement, le meilleur contraceptif, mais les contraceptifs sont également bénéfiques pour le développement. Cela signifie que les efforts visant à provoquer un déclin de la fécondité doivent être holistiques. Beaucoup dépend aussi du niveau d'engagement des dirigeants. À titre d'exemple, dans les années 1960, la Tunisie a lancé un programme audacieux comportant d'énormes avancées en matière d'éducation féminine, de provision de planning familial et de réformes juridiques qui se sont avérées être visionnaires. À l'époque, la Tunisie avait un taux de fécondité plus élevé que celui de la plupart des pays africains à l'heure actuelle, et elle a maintenant atteint un niveau de fécondité de remplacement qui est de 2,1 enfants par femme.

Que disent les critiques des programmes démographiques et comment y réagissez-vous ?

JM : Un nombre de plus en plus important d'individus s'accorde pour reconnaître que les niveaux de fécondité sont trop élevés en Afrique. Quelques-uns continuent de soutenir le contraire et prétendent que l'Afrique est sous peuplée ou pas suffisamment peuplée pour déclencher un développement économique, que le VIH/SIDA va faire disparaître une grande partie de la population, etc. Mais les données les plus récentes n'accordent pas de validité à ces affirmations. Le point de désaccord porte en réalité sur la manière de parvenir à abaisser les niveaux de fécondité. Les approches développementalistes soulignent avec justesse l'importance du développement économique. Cependant, lorsque la fécondité est très élevée et la croissance de la population très rapide, on est confronté à un cercle vicieux. Les gouvernements doivent fournir à un grand nombre d'individus des services en matière d'éducation et de santé, mais les ressources nécessaires à ces investissements sont tout simplement absentes. Les idéologies entrent également parfois en jeu, ainsi que la pensée conservatrice sociale. Ma réponse serait de laisser les individus, en particulier les femmes, décider pour eux-mêmes et de leur fournir les moyens d'exercer leurs choix.

Comment la problématique hommes-femmes joue-t-elle un rôle dans le débat sur la croissance de la population ?

JM : On pourrait argumenter que la question démographique en Afrique subsaharienne est essentiellement une question de parité hommes-femmes. La raison pour cela est que le choix est limité pour les femmes quand il s'agit d'enfanter. Elles doivent souvent donner naissance à un grand nombre d'enfants pour être reconnues socialement et pour survivre économiquement. Elles sont également peu éduquées et les services de planning familial sont souvent inadéquats. Dans de nombreux pays, le mariage à un âge trop jeune continue de se pratiquer. Les jeunes filles deviennent enceintes trop tôt et se trouvent confrontées à de terribles conséquences, à la fistule obstétricale par exemple qui les fait souffrir et les rendent exclues de la société.

Que fait la Banque mondiale en réponse à la croissance démographique ? 

JM : L'approche classique aux questions démographiques qui a souvent été mise en avant par le planning familial est en train de laisser la place à une compréhension plus subtile de la croissance de la population et de ses conséquences sociales et économiques, à la lumière de l'expérience acquise en Asie de l'Est. Il faut se rappeler que le « miracle asiatique » est largement attribuable (40%) aux déclins rapides de la fécondité et aux changements radicaux au niveau des structures de l'âge. La Banque s'adapte actuellement à cette « nouvelle démographie » qui tient compte des structures de l'âge, des ratios de dépendance, des investissements en capital humain et du dividende démographique. Un plus grand nombre d'économistes recommencent à attacher de l'importance aux dimensions démographiques du développement. Les projets démographiques isolés sont graduellement remplacés par de nouveaux instruments qui traitent les questions démographiques par le biais d'une approche plurisectorielle. Le défi sera de définir ces nouvelles approches en utilisant des données et évaluations démographiques correctes. Un nombre grandissant de gouvernements africains sollicite des conseils démographiques. Notre tâche est de leur fournir un appui efficace dans un domaine qui restera délicat parce qu'il touche aux racines du tissu social de nombreuses sociétés.

Des projets et des programmes sont-ils mis en application pour s'attaquer à la question de la croissance démographique ?

JM: La Banque examine actuellement la question de la collecte des données et du renforcement des systèmes statistiques. Elle effectue des travaux de recherche sur les questions relatives à la démographie et à la parité hommes-femmes et conduit des analyses dans plusieurs régions, ainsi que dans le monde entier. Un certain nombre de documents stratégiques et de rapports analytiques comme les Stratégies d'aide aux pays et les Mémorandums économiques - sur les pays sont également définis en fonction de considérations démographiques. Il reste cependant un gros travail à fournir. La Banque a également préparé un récent projet démographique plurisectoriel au Niger, pays dont le taux de fécondité est le plus élevé au monde avec 7,1 enfants par femme. Le gouvernement nigérien a créé un nouveau Ministère de la population et a sollicité l'aide de l'Association internationale de développement. Les principaux défis sont de renforcer les capacités, d'organiser des campagnes de mobilisation et de sensibilisation appropriées et d'intervenir de manière efficace pour provoquer un déclin de la fécondité. La tâche à accomplir est énorme et difficile, mais un certain nombre de résultats concrets ont déjà été obtenus comme la rédaction d'une nouvelle politique démographique saine, le lancement de campagnes de sensibilisation dans tout le pays et l'organisation d'un forum national sur les questions démographiques, de développement et de parité hommes-femmes qui a été couronné de succès.